Habiter ici, c’est perdre ses droits : ces communes wallonnes où la précarité est la norme

L’indicateur ISADF met en lumière un axe de vulnérabilité sociale allant de Péruwelz à Liège et des fragilités marquées dans plusieurs zones rurales wallonnes.

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Droits et précarité en Wallonie
13 droits fondamentaux, zéro garantie : ces communes wallonnes où la précarité est partout : Crédit : Canva | Econostrum.info - Belgique

La Wallonie fait face à une fragmentation territoriale croissante en matière d’accès aux droits fondamentaux. Une enquête de l’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique), menée entre septembre et décembre 2024, dresse un état des lieux précis des inégalités sociales sur le territoire wallon. 

Grâce à l’indicateur synthétique d’accès aux droits fondamentaux (ISADF), les chercheurs ont identifié les communes où les populations sont les plus exposées à la précarité. Cette analyse met en lumière des disparités à la fois urbaines et rurales, illustrant une carte complexe et contrastée des fragilités.

Un axe de vulnérabilité de Péruwelz à Liège

Les résultats de l’ISADF montrent que les populations les plus vulnérables sont concentrées le long d’un axe s’étendant de Péruwelz, dans le Hainaut, jusqu’à Liège. Ce corridor, qui recoupe une partie de l’ancien bassin industriel wallon, regroupe plusieurs des communes les plus touchées par des difficultés en matière d’accès aux soins de santé, à un logement décent, à l’éducation et à un revenu digne. Des villes comme Charleroi, Liège, Verviers ou encore la région de Mons (ouest du Borinage) présentent des niveaux particulièrement préoccupants pour plusieurs de ces indicateurs.

L’enquête de l’IWEPS, à laquelle ont répondu 24.087 citoyens (taux de réponse net de 23,61 %), s’appuie sur 13 critères pour évaluer l’accès aux droits fondamentaux dans chaque commune francophone de Wallonie. Ces critères comprennent notamment l’éducation, le logement, la santé, les revenus, l’alimentation, l’accès au travail, mais aussi des éléments plus récents comme l’environnement ou le droit à l’épanouissement social et culturel.

Au-delà de cet axe industriel central, l’étude met également en évidence la situation préoccupante de certaines zones rurales. Des communes situées au sud du Hainaut, dans le sud de la province de Namur et même dans des secteurs du Luxembourg présentent des carences sur plusieurs indicateurs. Cela montre que la précarité n’est pas exclusivement urbaine. Des « déserts de droits » apparaissent également dans des territoires moins peuplés, parfois éloignés des centres de services publics et d’infrastructures essentielles.

Santé, logement, culture : des droits inégalement répartis

L’analyse thématique par indicateur met en lumière des faiblesses structurelles sur l’ensemble du territoire wallon. En matière de revenus, quatre pôles se distinguent négativement : Charleroi, Liège, Verviers et le Borinage. Dans ces zones, l’accès à un revenu décent est nettement plus difficile qu’ailleurs. Ce constat se retrouve également, quoique de façon plus ponctuelle, dans certaines communes rurales du Hainaut et de la province de Namur.

Les droits à l’alimentation, à un logement adapté, au travail, à l’éducation ou encore à la sécurité sociale suivent des tendances comparables. Les zones les plus touchées cumulent souvent plusieurs handicaps sociaux, avec des impacts visibles sur le tissu local et les conditions de vie des habitants. Ces données révèlent une vulnérabilité multidimensionnelle qui dépasse la seule question des revenus.

La santé constitue un autre point de fragilité. Les communes rurales du Hainaut, de Namur et du Luxembourg apparaissent particulièrement mal loties en matière d’accès aux soins. Mais les centres urbains ne sont pas épargnés : Charleroi, Fleurus, La Louvière ou encore Flémalle présentent également de faibles scores. Ces résultats traduisent une double fracture, à la fois géographique et sociale, dans la disponibilité et l’accessibilité des soins de santé.

L’environnement de vie joue également un rôle significatif dans le sentiment de précarité. La province du Hainaut ressort comme la moins bien notée en matière de droit à un cadre de vie sain, à l’exception notable de la Botte du Hainaut. Les problèmes environnementaux, souvent liés à une densité industrielle élevée, viennent aggraver des situations déjà critiques.

Enfin, l’un des apports majeurs de cette édition de l’ISADF est l’introduction d’un nouvel indicateur relatif au droit à l’épanouissement social et culturel. Hormis le Brabant wallon et certaines communes du nord de la province de Namur, la Wallonie affiche des résultats faibles, voire très faibles. Les zones rurales du sud du Hainaut et de Namur apparaissent comme de véritables zones blanches en matière d’offre culturelle et sociale, soulignant un isolement croissant.

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