Au Tessin, une station-service fait chuter les prix et provoque un malaise

Une station-service à bas prix a suffi à faire baisser les tarifs au Tessin, au point de provoquer une question politique sensible.

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Au Tessin, une station-service fait chuter les prix et provoque un malaise : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Le prix de l’essence fait de nouveau débat en Suisse. Au Tessin, l’ouverture d’une station-service low cost à Bellinzone a provoqué une chute rapide des tarifs dans la région. 

Certains concurrents ont baissé leurs prix presque immédiatement, ce qui alimente une question dérangeante : les automobilistes payaient-ils trop cher avant l’arrivée de ce nouvel acteur ? Pour l’instant, aucune entente illégale n’est établie, mais l’affaire secoue le marché local du carburant.

Une station low cost fait chuter les prix au Tessin

L’élément déclencheur s’appelle Etzelpark. Cette station-service à bas prix, installée à Bellinzone, a rapidement bouleversé les habitudes du marché tessinois. Selon son exploitant Michael Knobel, un premier concurrent aurait baissé ses prix de 19 centimes seulement six heures après l’ouverture de la station. Cette réaction immédiate a suffi à attirer l’attention des automobilistes, mais aussi celle du monde politique.

Depuis, les prix ont légèrement remonté à certains endroits. Ils restent toutefois inférieurs aux niveaux observés avant l’arrivée d’Etzelpark dans plusieurs localités. Pour les consommateurs, la différence est loin d’être négligeable. Sur un plein de 50 litres, une baisse de 19 centimes par litre représente près de 10 francs d’économie.

Cette situation donne l’impression que les prix pouvaient être plus bas depuis longtemps. C’est précisément ce qui a poussé le député tessinois Mauro Minotti, membre de la Lega dei Ticinesi, à déposer une motion. Il demande au Conseil d’État si les consommateurs ont payé pendant des années des prix du carburant injustifiés.

La question est sensible, car le carburant pèse directement sur le budget des ménages. Dans les régions où la voiture reste indispensable, quelques centimes par litre peuvent représenter une somme importante sur l’année. Lorsque les prix baissent brutalement après l’arrivée d’un seul concurrent, le soupçon d’une marge trop confortable apparaît vite.

Mais une baisse rapide des prix ne prouve pas automatiquement une arnaque. Elle peut aussi simplement traduire l’arrivée d’une concurrence plus agressive, capable de forcer les autres stations à revoir leurs tarifs pour ne pas perdre leurs clients.

La concurrence sous surveillance, mais sans preuve d’entente

Le débat dépasse désormais le simple prix affiché à la pompe. Mauro Minotti veut savoir s’il existe des indices d’entente entre acteurs du marché et s’il faudrait saisir la Commission de la concurrence. Cette hypothèse reste toutefois très prudente, car une réaction simultanée des concurrents ne suffit pas, à elle seule, à démontrer un accord illégal.

Selon le Corriere del Ticino, la Commission de la concurrence estime pour l’instant que la chute des prix observée à Bellinzone relève plutôt d’un effet normal de la concurrence. L’autorité rappelle que des baisses de prix parallèles ne constituent pas automatiquement une preuve d’entente cartellaire.

La Surveillance des prix adopte une lecture plus nuancée. Pour l’autorité dirigée par Stefan Meierhans, le cas tessinois peut indiquer qu’il existait une marge de manœuvre pour vendre le carburant moins cher dans la région. Autrement dit, les prix précédents n’étaient pas forcément illégaux, mais ils n’étaient peut-être pas aussi serrés que les automobilistes pouvaient l’imaginer.

Le média Blick rapporte que l’association tessinoise des stations-services défend une autre explication. Selon elle, la forte baisse actuelle serait liée à une stratégie d’entrée très agressive sur le marché, difficile à maintenir durablement sur le plan économique.

Ce type de situation n’est pas totalement inédit en Suisse. En 2022, des différences de prix avaient déjà suscité des critiques dans la région de Granges, dans le canton de Soleure, où les automobilistes payaient parfois davantage qu’à quelques kilomètres de là. Les exploitants avaient alors invoqué la pression concurrentielle locale pour expliquer ces écarts.

L’affaire tessinoise montre surtout une chose : le prix du carburant ne dépend pas seulement du pétrole, des taxes ou du taux de change. Il dépend aussi fortement de la concurrence dans une zone donnée. Lorsqu’un nouvel acteur casse les prix, tout le marché peut être forcé de s’ajuster.

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