La sécheresse frappe durement les cours d’eau suisses et commence à peser sur la production hydroélectrique. Dans certaines centrales, la baisse atteint jusqu’à 25 % par rapport à la moyenne des dernières années.
À cela s’ajoute l’arrêt des deux réacteurs de Beznau, qui aurait pu tendre davantage l’approvisionnement du pays. Pourtant, la Suisse continue de disposer de suffisamment d’électricité grâce à un allié devenu incontournable : le solaire.
Les centrales hydroélectriques tournent au ralenti
Après plusieurs semaines marquées par un manque de précipitations, de nombreux cours d’eau affichent des niveaux particulièrement faibles.
Les plus petits ruisseaux sont parfois réduits à un simple filet d’eau, tandis que l’Aar, le Rhin ou encore le Rhône connaissent localement des débits parmi les plus bas observés depuis le début des relevés.
Cette situation touche directement les centrales hydroélectriques au fil de l’eau, dont la production dépend naturellement de la quantité d’eau disponible.
Dans les Grisons, Repower indique que sa production hydroélectrique entre mai et juillet a été environ 25 % inférieure à la moyenne pluriannuelle.
Même constat en Valais. Les Forces motrices valaisannes expliquent que les faibles précipitations hivernales ont entraîné une couverture neigeuse moins importante que d’habitude. La fonte des neiges a donc fourni moins d’eau aux rivières au printemps et au début de l’été.
Chez Alpiq, les centrales situées notamment le long de l’Aar enregistrent elles aussi des apports particulièrement faibles, comme l’indique la RTS. Le groupe estime la baisse de production à environ 15 % par rapport à la moyenne des dernières années.
Le soleil prend le relais au meilleur moment
Malgré ces difficultés, le réseau électrique suisse ne connaît pour l’instant aucune pénurie. Cette situation est d’autant plus remarquable que les deux réacteurs nucléaires de Beznau I et II sont également à l’arrêt.
Le facteur qui change aujourd’hui la donne se trouve sur les toits et dans les champs : les panneaux photovoltaïques.
Les nombreuses heures d’ensoleillement liées à cette période sèche permettent aux installations solaires de produire d’importantes quantités d’électricité précisément au moment où l’hydroélectricité souffre.
La contribution du photovoltaïque est désormais beaucoup plus importante qu’il y a quelques années. Son développement s’est fortement accéléré depuis le début de la guerre en Ukraine, alors que la Suisse cherchait à renforcer son indépendance énergétique.
Cette expansion commence aujourd’hui à produire des effets très concrets.
Le photovoltaïque permet d’économiser l’eau des barrages
Pour la Commission fédérale de l’électricité, le solaire joue actuellement un rôle de véritable amortisseur. L’Elcom estime que sans la forte progression du photovoltaïque ces dernières années, la situation électrique suisse serait aujourd’hui sensiblement plus tendue.
La Suisse devrait probablement utiliser davantage l’eau stockée dans ses lacs d’accumulation, importer davantage d’électricité ou réduire ses exportations. Les prix pourraient également subir une pression supplémentaire.
Le solaire offre surtout un avantage stratégique : il permet de préserver les réserves des barrages pendant la journée.
Lorsque les panneaux produisent abondamment grâce au soleil, il est moins nécessaire de turbiner l’eau accumulée en altitude. Ces réserves peuvent alors être conservées pour les périodes où le photovoltaïque ne produit plus, notamment tôt le matin, en soirée ou pendant la nuit.
La sécheresse actuelle met donc en évidence une transformation profonde du système énergétique suisse. Alors que les centrales au fil de l’eau sont pénalisées par le manque d’eau, le développement massif du solaire permet désormais de compenser une partie du déficit et de soulager les autres moyens de production.








