Le cap que redoutaient les automobilistes suisses vient d’être franchi. Le sans-plomb 95 coûte désormais 2,02 francs le litre en moyenne, un niveau qui n’avait plus été observé depuis 2022.
Le diesel poursuit lui aussi son envolée et atteint 2,27 francs le litre. Entre tensions au Moyen-Orient et sécheresse qui paralyse une partie du transport sur le Rhin, plusieurs facteurs continuent de pousser la facture à la pompe vers le haut.
Cinq centimes de plus en seulement une semaine
La progression est particulièrement rapide. Le 15 août, le Touring Club Suisse affichait encore un prix moyen de 1,97 franc pour le sans-plomb 95. Cinq jours plus tard, celui-ci atteint 2,02 francs.
Le sans-plomb 98 est également passé de 2,08 à 2,13 francs, tandis que le diesel a bondi de 2,22 à 2,27 francs. Le relevé du TCS du 20 août confirme ainsi une nouvelle accélération des prix des carburants.
Pour mesurer l’ampleur du mouvement, il suffit de revenir au début de l’année. Le 3 février, le sans-plomb 95 coûtait encore 1,61 franc et le diesel 1,73 franc.
En un peu plus de six mois, l’essence a donc pris 41 centimes par litre. Pour un plein de 50 litres, cela représente environ 20,50 francs supplémentaires.
La situation est encore plus spectaculaire pour le diesel, qui a gagné 54 centimes depuis début février. Un plein de 50 litres revient ainsi environ 27 francs plus cher.
Les niveaux records de 2022 ne sont cependant pas encore atteints. À l’époque, le sans-plomb 95 avait culminé autour de 2,31 francs et le diesel avait atteint environ 2,40 francs le litre.
Le Rhin fait exploser les coûts de transport
La flambée actuelle ne s’explique pas uniquement par le cours du pétrole. La sécheresse persistante a fait chuter le niveau du Rhin, une voie essentielle pour l’approvisionnement de la Suisse en produits pétroliers. Lorsque le niveau du fleuve baisse, les bateaux-citernes doivent réduire fortement leurs cargaisons, voire interrompre certains trajets.
L’Approvisionnement économique du pays confirme que certaines embarcations ne peuvent actuellement plus circuler ou seulement avec des charges fortement réduites. La Confédération juge d’ailleurs la situation toujours tendue pour l’essence et le diesel, même si l’approvisionnement de la Suisse reste assuré grâce au rail, à la route, aux pipelines et à la production de la raffinerie de Cressier.
Cette raréfaction des capacités de transport se traduit directement dans les tarifs.
Selon les données rapportées par Blick, le coût du fret fluvial entre Rotterdam et Bâle serait passé de 33,50 francs à environ 240 francs la tonne. Une multiplication spectaculaire qui finit par se répercuter sur le prix payé dans les stations-service.
Le TCS rappelle lui-même que le niveau du Rhin constitue l’un des facteurs déterminants du prix des carburants en Suisse : moins un bateau peut transporter de marchandise, plus il faut multiplier les trajets pour acheminer la même quantité.
Les tensions au Moyen-Orient maintiennent aussi les prix sous pression
Le deuxième facteur majeur se trouve bien plus loin de la Suisse. La guerre au Moyen-Orient perturbe depuis plusieurs mois le marché pétrolier et plusieurs routes d’approvisionnement stratégiques. Les attaques visant des infrastructures énergétiques et les restrictions autour de certaines voies maritimes alimentent les inquiétudes sur la disponibilité du pétrole et des produits raffinés.
Le TCS souligne que les tensions géopolitiques dans les grandes régions productrices peuvent rapidement faire monter les cours mondiaux et les coûts de transport. Le détroit d’Ormuz reste particulièrement sensible puisqu’une part importante du pétrole mondial y transite.
Pour les automobilistes suisses, la combinaison est particulièrement défavorable. Le carburant coûte plus cher à acquérir sur les marchés internationaux et devient également plus coûteux à transporter jusqu’en Suisse.
La barre des 2 francs est donc désormais officiellement dépassée pour le sans-plomb 95. Et même si le pays reste encore loin des sommets de 2022, le rythme de la hausse observée ces dernières semaines montre que la pression sur le portefeuille des automobilistes est loin d’avoir disparu.








