La guerre en Iran et les tensions autour du détroit d’Ormuz plongent le marché mondial du pétrole dans une phase critique. Ce passage stratégique, essentiel pour l’approvisionnement énergétique mondial, est aujourd’hui fortement perturbé.
Les conséquences se font déjà sentir avec une hausse des prix de l’énergie et un retour des craintes inflationnistes. En Suisse, comme ailleurs en Europe, cette crise pourrait rapidement peser sur le pouvoir d’achat des ménages.
Un blocage stratégique qui menace l’approvisionnement mondial
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% de l’offre mondiale de pétrole, est devenu un point de tension majeur. Les négociations entre les États-Unis et l’Iran n’ont pas abouti, et la situation s’est même aggravée. Les États-Unis bloquent désormais les navires liés aux ports iraniens, tandis que l’Iran limite également le passage des pétroliers. Résultat, les flux de pétrole ont fortement diminué.
En mars, les effets ont été partiellement atténués grâce à des cargaisons déjà en route avant le début du conflit. Mais cette situation transitoire touche à sa fin. Selon le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, «en avril, il n’y a plus rien», relate Watson. Concrètement, cela signifie que l’offre de pétrole pourrait être deux fois plus faible qu’en mars, aggravant mécaniquement les tensions sur les marchés.
Les premières conséquences sont déjà visibles. Les prix de l’essence, du diesel, du kérosène et du mazout ont augmenté, contribuant à une hausse de l’inflation d’un peu moins d’un point de pourcentage aux États-Unis et dans la zone euro. Dans certains pays comme le Bangladesh ou le Pakistan, des rationnements énergétiques ont déjà été mis en place. La situation pourrait encore empirer dans les semaines à venir, notamment après l’arrivée des derniers pétroliers ayant franchi le détroit, attendue autour du 20 avril.
Une hausse des coûts qui pourrait peser sur les ménages suisses
Pour l’Europe, le principal risque immédiat réside dans une flambée des prix plutôt que dans des pénuries directes. Les pays européens devront rivaliser avec l’Asie pour sécuriser leurs approvisionnements en pétrole, ce qui pourrait accentuer la pression sur les coûts. Selon Fatih Birol, «la situation pourrait devenir explosive» dès le mois de mai dans certains pays européens, en particulier pour le diesel et le kérosène.
En Suisse, les effets sont déjà perceptibles. D’après les données du Touring Club Suisse, les prix des carburants ont nettement augmenté depuis le début de l’année: environ +20 centimes pour l’essence sans plomb et +36 centimes pour le diesel. Ce dernier a atteint jusqu’à 2,24 francs le litre dans le contexte actuel, contre un record de 2,40 francs en 2022.
Si la crise devait se prolonger, les conséquences économiques pourraient devenir plus marquées. Selon Hans Gersbach, directeur du centre de recherches conjoncturelles de l’ETH Zurich, un maintien du prix du pétrole autour de 105 dollars le baril sur plusieurs mois entraînerait une baisse du revenu annuel moyen de 500 à 700 francs en Suisse. L’inflation pourrait également être plus élevée d’environ 0,6% en 2026.
La Suisse reste toutefois moins exposée que certains pays voisins, en raison d’une dépendance plus faible aux énergies fossiles. L’Allemagne, par exemple, pourrait être plus durement touchée et envisage déjà des mesures d’économie, comme des limitations de vitesse pour réduire la consommation de carburant. Malgré cela, les experts restent prudents: «aucun pays n’est immunisé» face à une crise énergétique de cette ampleur.
La situation actuelle marque une phase décisive pour l’économie mondiale. Entre tensions géopolitiques, baisse de l’offre et hausse des prix, les semaines à venir seront déterminantes pour mesurer l’ampleur réelle de cette crise pétrolière.








