Essence, gaz, mazout: la baisse des prix attendue se fait toujours désirer en Suisse

Malgré la trêve avec l’Iran, les prix de l’énergie restent élevés en Suisse, freinés par tensions, délais et incertitudes.

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Essence, gaz, mazout: la baisse des prix attendue se fait toujours désirer en Suisse : Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Suisse

La détente annoncée entre les États-Unis et l’Iran n’a pas encore soulagé les consommateurs suisses. Malgré un cessez-le-feu dans le Golfe persique, les prix de l’énergie restent élevés et continuent de peser sur le budget des ménages. 

Les marchés ont d’abord réagi avec enthousiasme, avant de rapidement tempérer leurs attentes face aux incertitudes persistantes. Entre tensions géopolitiques, logistique perturbée et effets différés, la baisse des prix se fait attendre.

Une accalmie fragile sur les marchés pétroliers

L’annonce d’une trêve de deux semaines entre Washington et Téhéran a provoqué une réaction immédiate sur les marchés. Le baril de Brent a chuté jusqu’à 20 dollars par rapport à son niveau d’avant Pâques, entraînant dans son sillage les places boursières mondiales. Cet optimisme initial a pourtant rapidement laissé place à davantage de prudence.

La solidité de cet accord reste incertaine, alors que les tensions ne sont pas totalement retombées. Le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour une partie de l’approvisionnement mondial en pétrole, demeure sous pression. Selon les estimations, entre 800 et 1000 navires, dont de nombreux pétroliers, sont encore en attente de transit depuis le début du conflit. Cette congestion logistique ralentit les flux et entretient une tension sur les prix.

À cela s’ajoute la possibilité de coûts supplémentaires. Une taxe de passage pouvant atteindre 2 millions de dollars par pétrolier est évoquée, ce qui alourdirait encore la facture pour les acteurs du secteur. Ces surcoûts finissent généralement par être répercutés sur l’ensemble de la chaîne, jusqu’au consommateur final.

Pour l’économiste Cornelia Meyer, la baisse rapide des prix observée après l’annonce du cessez-le-feu ne reflète pas la réalité du terrain, relate Blick. Elle souligne que personne ne peut aujourd’hui garantir la sécurité du trafic maritime dans la région ni anticiper l’évolution de la situation. Cette incertitude alimente une forte volatilité: à chaque nouvelle information, les prix peuvent repartir à la hausse comme à la baisse.

Dans ce contexte, le pétrole reste environ un tiers plus cher qu’avant le début du conflit. Cette différence explique en grande partie pourquoi les consommateurs suisses ne constatent pas encore de baisse significative des prix à la pompe.

Des effets limités en Suisse malgré des signaux contrastés

Sur le terrain, les effets de cette détente restent très progressifs. Les prix de l’essence, du diesel et du mazout ont cessé d’augmenter, mais ils ne reculent que lentement. Une explication simple: les stations-service écoulent encore des stocks achetés à des tarifs élevés, ce qui retarde l’impact des baisses sur les marchés internationaux.

Selon un exploitant de station-service, il faut compter environ cinq jours pour que les ajustements se répercutent réellement sur les prix affichés. Des premiers signes apparaissent déjà du côté des prix de gros, avec un diesel à l’achat environ 15 centimes moins cher que la veille. Pour les automobilistes, la baisse reste donc encore limitée à court terme.

Tous les produits énergétiques n’évoluent pas de la même manière. Le mazout a enregistré une baisse rapide de 11,5% en une journée, réagissant immédiatement à la détente sur les marchés. Le gaz, de son côté, est revenu à son niveau d’avant-guerre, ce qui réduit temporairement les inquiétudes en Europe. Le niveau des réserves reste toutefois bas, avec un taux de remplissage d’un peu plus de 28%, ce qui impose de reconstituer les stocks avant l’hiver.

En Suisse, l’approvisionnement en carburants et combustibles est pour l’instant assuré. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays indique que les volumes disponibles couvrent les besoins jusqu’à la fin du mois d’avril. La situation pourrait évoluer dès mai 2026, avec un risque d’interruption des livraisons en Europe, susceptible d’entraîner de nouvelles tensions sur les prix.

Le pays dispose néanmoins d’un filet de sécurité. Les réserves obligatoires, gérées par l’organisation Carbura, permettent de couvrir environ quatre mois et demi de consommation pour l’essence, le diesel et le mazout, ainsi que trois mois pour le kérosène. Dans un scénario extrême impliquant une baisse de 20% de l’offre mondiale, ces stocks pourraient tenir jusqu’à 22 mois. Ces réserves sont financées par les consommateurs, notamment via une contribution de 0,15 centime par litre de diesel.

Du côté des transports, les effets commencent déjà à se faire sentir. Le kérosène se raréfie, entraînant des tensions dans le secteur aérien, avec des vols annulés en Asie et des itinéraires allongés. Dans le transport maritime, des suppléments de carburant compris entre 50 et 90 euros sont désormais appliqués, ce qui laisse présager une hausse des coûts pour les voyageurs.

Dans ce contexte encore instable, la baisse durable des prix dépendra largement de l’évolution de la situation dans le Golfe. En attendant, les consommateurs suisses doivent composer avec des tarifs élevés et une visibilité limitée sur les semaines à venir.

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