L’électricité solaire pourrait bientôt avoir un prix différent toutes les 15 minutes

Le solaire suisse s’apprête à entrer dans une nouvelle ère. Dès 2027, la valeur de l’électricité produite par les particuliers ne sera plus fixe, avec des conséquences qui pourraient changer la façon de rentabiliser ses panneaux.

Publié le
Lecture : 3 min
electricite
L’électricité solaire pourrait bientôt avoir un prix différent toutes les 15 minutes : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Installer des panneaux solaires ne garantira plus automatiquement les mêmes revenus qu’auparavant. Dès 2027, les propriétaires suisses devront s’adapter à un nouveau système de rachat de leur électricité, basé sur les prix du marché toutes les quinze minutes. 

Une évolution qui pourrait favoriser ceux qui consomment intelligemment leur énergie, mais inquiète déjà certains petits producteurs. Le surplus solaire pourrait même devenir un problème à certaines heures de la journée. 

Une nouvelle façon de calculer la valeur de l’électricité solaire

Le système actuel va profondément changer. Jusqu’à présent, les distributeurs électriques rachètent généralement l’électricité produite par les petites installations solaires sur la base d’une moyenne trimestrielle. Dès 2027, le calcul sera beaucoup plus précis. Le prix dépendra du moment exact où l’électricité est injectée dans le réseau.

Le décompte continuera d’être effectué quatre fois par an, mais chaque kilowattheure sera désormais évalué selon sa valeur réelle sur le marché, par tranches de quinze minutes.

Cette évolution signifie que le prix payé aux producteurs pourra varier fortement au cours d’une même journée.

Lors d’une journée très ensoleillée, par exemple, la production solaire est abondante en milieu de journée. L’électricité peut alors perdre de la valeur, car une grande quantité arrive simultanément sur le réseau.

À l’inverse, le matin tôt ou en fin de journée, lorsque la production solaire diminue mais que la demande reste importante, le kilowattheure peut devenir plus précieux.

Le risque de devoir payer pour injecter son électricité

Ce nouveau mécanisme introduit également une situation inédite pour certains propriétaires.

Lorsque le réseau est saturé et que l’offre d’électricité dépasse largement la demande, les prix du marché peuvent devenir négatifs. Dans ce cas, les producteurs pourraient devoir payer pour injecter leur surplus d’électricité.

Une perspective qui inquiète certains propriétaires ayant investi dans des panneaux solaires ces dernières années.

Stéphane, un auditeur d’« On en parle », une émissions de la RTS, explique avoir installé 30 panneaux sur son toit en 2020 avec l’objectif d’amortir son investissement sur 15 à 20 ans. Face au nouveau système, il dit avoir le sentiment d’être désavantagé par rapport aux nouvelles règles.

L’autoconsommation devient le nouveau levier

Face à cette évolution, les acteurs du secteur encouragent davantage l’autoconsommation.

L’idée est simple, l’électricité produite et utilisée directement par le ménage évite un achat au réseau et reste donc plus intéressante financièrement.

Interrogée par « On en parle », Romande Energie estime que les propriétaires ne devraient pas forcément être perdants. Selon ses analyses, un producteur résidentiel classique sans batterie pourrait continuer à bénéficier d’une rémunération moyenne proche des niveaux historiques, autour de 8 centimes par kilowattheure.

Pour les fournisseurs d’électricité, cette réforme vise surtout à encourager des comportements plus adaptés aux besoins du réseau.

Consommer davantage lorsque l’électricité est abondante, stocker l’énergie ou réduire temporairement la production lors des périodes où les prix deviennent négatifs permettrait d’équilibrer le système.

Des solutions existent pour mieux valoriser sa production

Les propriétaires de panneaux solaires disposent de plusieurs options pour limiter l’impact du nouveau modèle.

Un système de gestion énergétique intelligent, parfois appelé « Energy Manager », peut permettre d’adapter automatiquement la consommation du logement aux moments où l’électricité produite a le plus de valeur.

Ces équipements coûtent généralement autour de 1000 francs. Les batteries de stockage représentent une autre solution, mais nécessitent un investissement nettement plus important.

Certains producteurs peuvent aussi envisager de vendre directement leur électricité à des voisins, à leur quartier ou à leur commune grâce aux nouveaux modèles de partage local de l’énergie.

Diego Fischer, membre du comité de l’Association des producteurs d’énergie indépendants (VeSe), recommande toutefois de ne pas se précipiter. Selon lui, les épisodes de prix négatifs pourraient se réduire naturellement si les grands producteurs adaptent eux aussi leur comportement.

Une réforme qui change la logique du solaire

Avec ce nouveau système, la production solaire ne sera plus seulement une question de quantité produite, mais aussi de moment choisi.

Les propriétaires qui réussiront à consommer, stocker ou injecter leur électricité au bon moment pourraient même tirer avantage de cette évolution.

Mais pour ceux qui comptaient uniquement sur la revente du surplus, le modèle de rentabilité pourrait devenir plus incertain.

Laisser un commentaire

Share to...