Les déplacements pendulaires façonnent profondément le quotidien des travailleurs en Suisse. Chaque jour, des millions de personnes quittent leur commune pour rejoindre leur lieu de travail, illustrant un modèle territorial très structuré.
De nouvelles données de l’Office fédéral de la statistique mettent en lumière les communes les plus attractives en matière d’emploi. Derrière les grandes villes, certaines localités plus petites se distinguent de manière spectaculaire lorsqu’on rapporte ces flux à leur population.
Zurich domine en volume, mais les petites communes surprennent
La Suisse compte près de 4 millions de pendulaires, soit environ quatre actifs sur cinq, selon les derniers chiffres relayés par l’Office fédéral de la statistique. Ce phénomène massif confirme l’importance des déplacements quotidiens dans l’organisation du marché du travail. Sans surprise, ce sont les grandes villes qui concentrent le plus grand nombre de travailleurs externes.
Zurich arrive largement en tête avec un solde pendulaire de 148’000 personnes. Ce chiffre correspond à la différence entre les actifs qui viennent y travailler et ceux qui en partent. La métropole économique du pays devance nettement les autres centres urbains. Berne et Bâle complètent le podium, confirmant leur rôle de pôles d’emploi majeurs. Genève se classe quatrième avec un solde de 31’500 pendulaires, tandis que Lausanne occupe la cinquième place avec 30’500.
Ces chiffres traduisent la forte concentration des emplois dans les grandes agglomérations. Les entreprises, institutions et services s’y regroupent, attirant une main-d’œuvre issue de régions parfois éloignées. Cette dynamique est rendue possible par un réseau de transports performant, qui permet de relier efficacement les zones résidentielles aux centres économiques.
Mais cette lecture en volume masque une autre réalité. Lorsqu’on rapporte ces flux à la taille des communes, le classement change radicalement. Certaines localités plus petites affichent des proportions de pendulaires bien plus élevées que les grandes villes, révélant une attractivité spécifique liée à leur tissu économique.
Viège en tête grâce à Lonza, des écarts marqués selon les régions
C’est la commune valaisanne de Viège qui se distingue au niveau national lorsqu’on considère le solde pendulaire en proportion de la population. Avec un taux de 103,8 %, elle occupe la première place. Concrètement, cela signifie que le nombre de personnes venant y travailler dépasse celui des habitants. Si tous étaient présents en même temps, la population de la commune serait plus que doublée.
Cette performance s’explique principalement par la présence du groupe pharmaceutique Lonza, un acteur industriel majeur qui attire une main-d’œuvre importante bien au-delà des frontières communales, selon 20min. Viège illustre ainsi le rôle que peut jouer une grande entreprise dans l’attractivité d’un territoire.
Derrière elle, Kloten (ZH) se classe également parmi les communes les plus attractives proportionnellement, portée par l’aéroport de Zurich et les activités qui y sont liées. Écublens (VD) figure aussi en bonne position avec un solde pendulaire de 82,2 %, notamment grâce à la présence de l’EPFL et de la RTS. Ces exemples montrent que des infrastructures ou institutions spécifiques peuvent transformer profondément le profil économique d’une commune.
À l’inverse, certaines localités proches des grands centres jouent le rôle de «communes-dortoirs». C’est le cas de Riehen (BS) ou d’Onex (GE), où le nombre d’habitants quittant la commune pour travailler ailleurs dépasse largement celui des entrants. À Onex, le solde pendulaire est négatif de 3300 personnes. Ce déséquilibre a des conséquences économiques concrètes, car les dépenses quotidiennes des travailleurs profitent davantage aux lieux d’emploi qu’aux communes de résidence.
Les disparités se retrouvent également à l’échelle cantonale. Dans le canton de Fribourg, par exemple, un actif sur quatre travaille en dehors du canton. En 2024, le solde pendulaire y atteignait -18,3 %, un niveau parmi les plus élevés du pays, juste derrière la Thurgovie (-18,4 %).
Les modes de transport reflètent eux aussi ces dynamiques. La voiture reste dominante, utilisée par 49 % des pendulaires, devant les transports publics (31 %). Les mobilités douces, comme la marche ou le vélo, représentent environ 16 %, tandis que les deux-roues motorisés restent marginaux.
Ces données confirment l’ampleur du phénomène pendulaire en Suisse et ses multiples implications économiques et territoriales. Entre grandes métropoles et communes spécialisées comme Viège, le pays continue de s’organiser autour de flux quotidiens qui structurent durablement son marché du travail.








