La Suisse vient de décrocher une avancée commerciale majeure face à la Chine. Après deux ans de négociations, Berne et Pékin sont parvenus à un accord pour moderniser leur traité de libre-échange.
À terme, 99,8 % des exportations suisses actuelles pourront entrer sur le marché chinois sans droits de douane. Pour les entreprises helvétiques, l’économie potentielle est estimée à environ 244 millions de francs.
Des droits de douane supprimés sur presque toutes les exportations suisses
Guy Parmelin et le ministre chinois du Commerce Wang Wentao ont annoncé jeudi à Berne la conclusion des négociations.
Les deux responsables ont signé un mémorandum d’entente qui ouvre la voie à la finalisation juridique de l’accord. Une signature formelle est visée d’ici à la fin de l’année 2026, avant le passage par les procédures d’approbation nationales.
Pour la Suisse, le principal gain concerne l’accès au gigantesque marché chinois.
Dans l’accord actuel, en vigueur depuis 2014, presque tous les produits chinois entrant en Suisse bénéficient déjà d’une franchise douanière. À l’inverse, seule environ la moitié des exportations suisses vers la Chine profitaient jusqu’ici d’un traitement comparable.
Le nouvel accord doit donc corriger ce déséquilibre. Selon les autorités suisses, 99,8 % des exportations actuelles pourront à l’avenir entrer en Chine sans droits de douane, indique la RTS.
Les trois quarts des nouvelles exonérations devraient s’appliquer dès l’entrée en vigueur du texte. Les autres seront introduites progressivement selon les catégories de produits.
Montres, produits pharmaceutiques, machines, instruments de précision ou encore certaines denrées alimentaires devraient ainsi bénéficier d’un meilleur accès au marché chinois.
Fromage et café devront encore patienter
Tous les produits ne profiteront cependant pas immédiatement de la suppression des droits de douane.
Pour certaines catégories sensibles, la Chine a obtenu des périodes transitoires. C’est notamment le cas du fromage et du café, pour lesquels les concessions seront introduites progressivement sur une période pouvant aller jusqu’à dix ans.
Le sujet était particulièrement important pour Berne. L’accord de 2014 avait certes permis à la Suisse de devenir l’un des premiers pays européens à disposer d’un traité de libre-échange avec Pékin, mais certaines exportations helvétiques restaient fortement taxées.
Les montres, par exemple, ne bénéficiaient jusqu’ici que très peu des avantages douaniers. Les produits pharmaceutiques étaient eux aussi seulement partiellement couverts.
Cette modernisation élargit également l’accord bien au-delà des simples tarifs douaniers. Les deux pays ont négocié de nouvelles dispositions concernant les règles d’origine, la facilitation du commerce, les services, le commerce numérique, la concurrence ainsi que la coopération économique et technique.
La Chine est devenue un partenaire incontournable pour l’économie suisse. Elle représente aujourd’hui l’un des principaux débouchés pour les produits chimiques et pharmaceutiques, les instruments de précision et l’horlogerie.
Travail et environnement entrent davantage dans l’accord
Les négociations ont également porté sur des sujets beaucoup plus sensibles politiquement. La Suisse souhaitait renforcer les dispositions relatives aux conditions de travail, notamment dans un contexte où la question du travail forcé en Chine fait régulièrement débat.
Le texte modernisé prévoit ainsi un engagement des deux pays à mettre en œuvre les conventions de l’Organisation internationale du travail et à respecter les droits fondamentaux des travailleurs.
Selon les autorités suisses, l’intégration de telles dispositions constitue une avancée importante dans un accord conclu par Pékin.
L’environnement occupe lui aussi une place plus importante. Les deux pays ont notamment négocié des engagements concernant la transition énergétique, les technologies propres et l’économie circulaire.
Ces éléments seront scrutés de près lorsque le texte arrivera devant le Parlement suisse.
L’accord intervient par ailleurs dans un contexte international particulièrement tendu, marqué par la multiplication des barrières commerciales et des droits de douane. Pour Berne, l’amélioration de l’accès au marché chinois permet donc aussi de diversifier davantage les débouchés de ses entreprises.
Avec 99,8 % des exportations actuelles appelées à bénéficier d’une franchise douanière, la modernisation du traité de 2014 marque l’un des changements les plus importants dans les relations commerciales entre la Suisse et la Chine depuis plus d’une décennie.








