Une petite embellie pourrait se profiler sur les fiches de salaire en Suisse en 2027. Les entreprises prévoient une augmentation moyenne de 1,2 % au cours des douze prochains mois.
Si l’inflation reste aussi faible que prévu, les travailleurs pourraient cette fois bénéficier d’un véritable gain de pouvoir d’achat. Toutes les branches ne seront toutefois pas logées à la même enseigne, avec un secteur nettement plus généreux que les autres.
Une hausse réelle des salaires de 0,7 % possible
Le KOF de l’ETH Zurich a interrogé environ 8000 entreprises privées dans le cadre de ses enquêtes conjoncturelles de juillet, dont quelque 3500 ont répondu à la question consacrée aux salaires.
En moyenne, elles anticipent une progression des rémunérations nominales de 1,2 % au cours des douze prochains mois, est-il précisé dans le rapport de l’enquête. C’est légèrement moins que les 1,3 % anticipés un an auparavant.
La moitié des entreprises interrogées prévoient une augmentation comprise approximativement entre 0,6 et 1,4 %, tandis que la médiane reste fixée à 1 %.
Ce chiffre de 1,2 % prend toutefois une autre dimension lorsqu’on tient compte de l’évolution des prix. Le KOF table actuellement sur une inflation d’environ 0,5 % sur les douze prochains mois. Si cette prévision se confirme, les salaires réels progresseraient d’environ 0,7 %.
Une hausse loin d’être anodine à l’échelle suisse. Entre 2014 et 2023, les salaires réels n’avaient progressé en moyenne que de 0,2 % par année, selon l’analyse du KOF.
Mais les entreprises craignent davantage d’inflation
Ce scénario favorable n’est cependant pas garanti. Les entreprises interrogées sont beaucoup moins optimistes que les économistes sur l’évolution des prix. Elles anticipent une inflation moyenne de 1,1 %, soit plus du double de la prévision actuellement retenue par le KOF.
Si elles ont raison, une hausse salariale de 1,2 % suffirait à peine à compenser l’augmentation du coût de la vie. Le gain réel de pouvoir d’achat serait alors presque nul.
Le contexte économique explique également pourquoi les entreprises restent prudentes. Le marché du travail suisse s’est progressivement refroidi depuis 2023, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée s’est quelque peu atténuée et l’emploi a très peu progressé en 2025.
À cela s’ajoutent les incertitudes liées aux droits de douane américains, aux coûts de l’énergie et aux tensions géopolitiques.
Malgré ces obstacles, le KOF considère qu’une croissance réelle de 0,7 % constituerait un résultat historiquement solide.
La construction devrait offrir les plus belles augmentations
Les écarts seront importants selon les secteurs. La construction se distingue très nettement avec une hausse salariale nominale attendue de 2 %, contre 1,6 % lors de l’enquête précédente. Il s’agit de la seule branche dans laquelle les attentes salariales progressent à la fois en termes nominaux et réels.
Cette situation s’explique notamment par des carnets de commandes bien remplis et une pénurie de personnel qualifié qui reste importante.
Dans le commerce de détail, les entreprises prévoient seulement 0,8 % d’augmentation, contre 0,9 % dans le commerce de gros. L’industrie manufacturière et le secteur financier tournent autour de 1 %. Dans les banques en particulier, les attentes ont nettement diminué par rapport à l’année précédente, passant de 1,4 % à environ 0,8 %.
Le KOF évoque notamment l’intégration toujours en cours de Credit Suisse au sein d’UBS pour expliquer cette prudence dans le secteur bancaire. Dans la chimie et la pharmacie, les tensions commerciales avec les États-Unis et les pressions sur les prix contribuent également à limiter les perspectives salariales.
Pour les salariés suisses, la véritable bonne nouvelle dépendra donc moins du chiffre affiché sur leur fiche de paie que de l’inflation. Si celle-ci reste proche de 0,5 %, l’année 2027 pourrait offrir l’un des gains de pouvoir d’achat les plus intéressants de ces dernières années.








