Salaires en hausse de 2 % : les syndicats veulent faire payer la note aux employeurs 

Le bras de fer salarial est lancé pour 2027. Entre pouvoir d’achat sous pression, primes maladie en hausse et prudence des employeurs, les écarts de revendications promettent des négociations musclées.

Publié le
Lecture : 3 min
hausse
Salaires en hausse de 2 % : les syndicats veulent faire payer la note aux employeurs : Crédit : RTS | Econostrum.info - Suisse

La bataille salariale pour 2027 est officiellement lancée en Suisse. Travail.Suisse réclame une augmentation générale moyenne de 2 % afin de compenser l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. 

Le patronat juge cette revendication trop élevée et évoque plutôt une progression d’environ 1 %. Entre primes maladie, inflation et gains de productivité, les négociations s’annoncent particulièrement tendues ces prochains mois.

Travail.Suisse veut récupérer le pouvoir d’achat perdu

Pour Travail.Suisse, la situation des salariés justifie une hausse générale des rémunérations en 2027.

La faîtière réclame en moyenne 2 %, même si les revendications varieront fortement selon les branches. Dans la santé, par exemple, le syndicat Syna demande une augmentation comprise entre 5 et 6 %.

L’organisation estime que les travailleurs ont accumulé du retard après plusieurs années durant lesquelles les salaires n’ont pas suffisamment compensé l’évolution du coût de la vie.

Thomas Bauer, responsable de la politique économique de Travail.Suisse, pointe notamment la stagnation des salaires réels sur une longue période.

Les primes d’assurance maladie occupent une place centrale dans son argumentation. Elles ne sont pas directement intégrées dans l’indice suisse des prix à la consommation, mais pèsent lourdement sur le budget disponible des ménages.

En tenant compte à la fois de l’inflation et de cette charge, Travail.Suisse estime que le pouvoir d’achat des personnes disposant d’un revenu moyen aura reculé de 1,5 à 1,9 % entre 2022 et la fin de 2026.

Les syndicats dénoncent des gains de productivité mal redistribués

Un autre point nourrit le bras de fer avec les entreprises : la productivité. Selon Travail.Suisse, celle-ci a progressé en moyenne de 1,4 % par an entre 2017 et 2026, sans que les salaires réels suivent au même rythme, selon les informations rapportées par Blick, .

La faîtière estime donc qu’une partie de la richesse supplémentaire créée par les travailleurs ne leur a pas été redistribuée et qu’elle a davantage bénéficié aux détenteurs de capitaux.

Pour les syndicats, les augmentations réclamées en 2027 doivent aussi permettre de corriger ce déséquilibre.

L’Union patronale suisse rejette toutefois cette lecture. Elle estime que les syndicats utilisent un indicateur trop étroit en se concentrant sur l’indice des salaires suisses. Celui-ci ne tiendrait pas suffisamment compte des promotions, des changements d’emploi ou des passages vers des fonctions mieux rémunérées.

En observant la rémunération totale des salariés par heure travaillée, l’UPS affirme au contraire que les salaires réels ont progressé au moins aussi rapidement que la productivité depuis 2014.

Entre 1 % et 2 %, l’écart reste important

Les employeurs mettent également en avant un environnement économique fragile.

Croissance limitée, incertitudes géopolitiques et pression sur certaines entreprises exportatrices incitent selon eux à la prudence. L’Union patronale considère qu’une augmentation moyenne d’environ 1 % serait plus réaliste pour 2027.

Elle avertit surtout contre une tentative de compenser directement la hausse des primes maladie à travers les salaires. Les entreprises ne disposeraient pas de marges illimitées et pourraient devoir répercuter ces coûts par des hausses de prix ou des suppressions d’emplois.

Les deux camps reconnaissent néanmoins que les primes maladie pèsent fortement sur les ménages. L’UPS souligne qu’en 2025, le revenu disponible aurait progressé de 48 francs par personne et par mois. La hausse nette des primes en aurait absorbé 12, laissant tout de même un gain de 36 francs.

Entre les revendications syndicales et la prudence patronale, les estimations du KOF se situent presque à mi-chemin.

Le centre de recherches économiques prévoit une hausse moyenne des salaires de 1,2 % en 2027. Avec une inflation estimée à 0,5 %, cela représenterait une augmentation réelle du pouvoir d’achat d’environ 0,7 %.

Les entreprises interrogées par le KOF anticipent toutefois elles-mêmes une inflation de 1,1 %. Si ce scénario se réalise, le gain réel pour les salariés deviendrait presque inexistant.

Les prochaines négociations salariales se joueront donc autour d’une question centrale : jusqu’où les entreprises peuvent-elles augmenter les rémunérations sans fragiliser l’emploi, alors que les syndicats réclament de rattraper plusieurs années de pouvoir d’achat perdu ?

Laisser un commentaire

Share to...