Les primes maladie en Suisse représentent une part importante du budget des ménages, avec une tendance à l’augmentation constante. En 2023, ces primes représentaient 3,5 % du PIB du pays, une proportion qui semble déconnectée des revenus réels des citoyens.
Le conseiller national Samuel Bendahan, économiste et membre du Parti socialiste, critique ce système qu’il juge profondément injuste. Il propose une réforme pour rendre les primes plus équitables et plus supportables pour une majorité de Suisses.
Un système de financement inégalitaire : une charge trop lourde pour la classe moyenne
Le système actuel des primes maladie en Suisse repose sur un financement par tête, où chaque assuré paie une prime mensuelle, indépendamment de ses revenus. Cette approche crée une inégalité manifeste, surtout pour les ménages de la classe moyenne et les familles avec enfants. En théorie, selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, une personne gagnant le salaire médian (environ 6 800 francs par mois) devrait payer une prime de 238 francs par mois. De même, une famille avec deux enfants et un revenu de 10 000 francs mensuels devrait verser environ 350 francs par mois. Cependant, la réalité est bien différente : la prime moyenne pour une personne seule est de près de 400 francs, tandis qu’une famille avec deux enfants peut voir ses charges mensuelles dépasser les 1 000 francs.
Cette inégalité s’accentue avec les hausses successives des primes maladie, qui frappent de plus en plus durement la classe moyenne. Les familles modestes, qui consacrent une proportion de leur revenu bien supérieure à celle des plus riches, sont particulièrement touchées. Les statistiques montrent que certaines familles peuvent dépenser jusqu’à 15 % de leur revenu annuel pour couvrir les primes maladie. Cette disproportion entre les revenus et les primes pèse lourdement sur le pouvoir d’achat et sur la qualité de vie des Suisses.
Le financement des primes maladie par un système uniforme et déconnecté des capacités économiques des citoyens crée ainsi une injustice fondamentale. En effet, ceux qui sont les plus susceptibles de bénéficier des soins de santé ont tendance à payer une part plus importante de leurs revenus pour ces mêmes soins. En revanche, les plus riches, qui bénéficient aussi des mêmes services de santé, contribuent de manière minime en comparaison. Cette situation est exacerbée par la forte concentration du pouvoir dans les mains des plus fortunés, qui détiennent plus de 70 % des voix au parlement suisse. Cela crée un cercle vicieux où les décideurs, souvent issus des classes supérieures, n’ont aucun intérêt à modifier un système qui les favorise.
Proposer une réforme pour rendre le système plus équitable : la solution de Samuel Bendahan
Samuel Bendahan, économiste et conseiller national socialiste, propose une solution radicale pour remédier à cette injustice : lier les primes maladie aux revenus des assurés. Selon lui, une telle réforme permettrait d’alléger considérablement la charge pesant sur les ménages de la classe moyenne et d’assurer une répartition plus équitable des coûts. La proposition consiste à ajuster les primes en fonction des capacités économiques de chaque citoyen, ce qui soulagerait financièrement 85 % des ménages, rapporte Watson.
Par exemple, une famille de quatre personnes avec un revenu médian pourrait économiser jusqu’à 7 000 francs par an grâce à cette réforme, soit un rabais annuel de 200 francs sur les primes mensuelles. Cette initiative, si elle est mise en place, garantirait également la gratuité totale des primes pour tous les enfants, ce qui allégerait encore davantage les budgets familiaux. En revanche, les ménages très riches devraient contribuer davantage. En effet, il semble juste qu’un ménage gagnant un million de francs par an contribue 3,5 % de son revenu aux primes maladie, plutôt que 0,4 %, comme c’est actuellement le cas.
Bendahan souligne que cette réforme pourrait avoir des effets positifs au-delà de la simple réduction des coûts pour les ménages. Elle contribuerait également à une meilleure régulation des coûts dans le secteur de la santé. Aujourd’hui, les multinationales du secteur pharmaceutique et d’autres grandes entreprises influencent largement les décisions politiques, souvent au détriment de la population. En rendant le système plus progressif, il est probable que les lobbies des plus riches aient plus de raisons de s’investir dans des mesures visant à réduire les coûts, notamment en limitant l’inflation des prix des médicaments ou en réduisant certains salaires abusifs dans le secteur.
En outre, cette réforme s’inscrit dans une dynamique plus large de lutte contre la crise du pouvoir d’achat et la concentration des richesses. En allégeant les charges des ménages, elle permettrait à un plus grand nombre de citoyens de participer activement à la vie économique et démocratique du pays. Cela contribuerait à réduire la polarisation sociale et à renforcer les bases de la démocratie suisse.








