Les perspectives financières de l’AVS et de l’assurance invalidité se dégradent nettement en Suisse. Selon les données actualisées de l’Office fédéral des assurances sociales, l’AI pourrait voir sa fortune entièrement épuisée dès 2031, tandis que l’AVS devrait enregistrer un résultat de répartition négatif dès cette année.
La situation inquiète désormais ouvertement les autorités fédérales. En cause, une hausse des dépenses, un nombre de nouvelles rentes plus élevé que prévu et un financement encore insuffisant pour absorber les charges à venir. Pour l’assurance invalidité, la détérioration est particulièrement rapide.
L’assurance invalidité glisse vers une situation financière critique
La situation de l’AI se tend année après année. En 2025, son déficit de répartition, c’est-à-dire l’écart entre les recettes et les dépenses hors placements, atteignait déjà 209 millions de francs. D’après le scénario de référence actualisé, ce déficit devrait se rapprocher de 300 millions de francs en 2026, avant de grimper à environ 600 millions de francs d’ici 2030.
Mais ce montant ne dit pas tout. L’AI doit aussi verser chaque année plus de 200 millions de francs d’intérêts à l’AVS en raison de sa dette. Une fois ces intérêts ajoutés, le déficit pourrait atteindre environ 800 millions de francs en 2030, puis 1,2 milliard cinq ans plus tard.
Le niveau du fonds AI est lui aussi préoccupant. En 2025, sa fortune se situait environ 17 points de pourcentage sous le seuil minimal prévu par la loi, fixé à 50% des dépenses annuelles. Et la tendance reste orientée à la baisse. Selon les projections actuelles de l’OFAS, la fortune de l’AI pourrait être entièrement épuisée dès 2031.
La hausse des nouvelles rentes pèse lourdement sur les comptes
La principale explication avancée par l’OFAS est l’augmentation continue du nombre de nouvelles rentes. En 2025, l’assurance invalidité a enregistré 25’200 nouvelles rentes, alors que le scénario de référence précédent tablait sur environ 23’000. Au total, l’AI comptait 233’843 rentes.
Les troubles psychiques occupent une place centrale dans cette évolution. Ils représentent désormais une part importante des nouvelles rentes, avec une progression observée dans toutes les classes d’âge. La hausse est toutefois plus marquée chez les jeunes adultes de 18 à 24 ans, ainsi que chez les personnes âgées de 60 à 64 ans.
Ce constat place la Confédération face à un défi délicat. Il ne s’agit pas seulement de trouver de nouvelles ressources financières, mais aussi de freiner l’entrée durable dans le système de rentes lorsque des mesures de réinsertion restent possibles. L’objectif affiché par les autorités est donc de renforcer l’intégration, notamment pour les jeunes assurés, afin d’éviter des rentes accordées trop tôt.
Dans ce contexte, le Département fédéral de l’intérieur a décidé d’avancer la consultation sur la réforme de l’AI à l’automne. Cette réforme doit contenir des mesures destinées à stabiliser les finances, mais aussi des outils structurels pour limiter la hausse des nouvelles rentes.
L’AVS aussi entre dans une zone de turbulences
L’AVS n’est pas épargnée. Son résultat de répartition devrait devenir négatif dès 2026. Cette dégradation est notamment liée à l’introduction de la 13e rente AVS, versée pour la première fois cette année, alors que son financement n’est pas encore pleinement assuré.
Le coût de cette mesure est estimé à environ 4 milliards de francs pour 2026. Sans financement supplémentaire, le déficit de répartition de l’AVS devrait continuer à se creuser au cours des prochaines années. Selon les projections de l’OFAS, il pourrait passer de 1,3 milliard de francs en 2026 à 4,9 milliards en 2035, aux prix de 2025.
Une hausse de 0,4 point de la TVA a été décidée par le Parlement pour contribuer au financement de la 13e rente. Si cette hausse est approuvée par le peuple et appliquée à partir de 2028, elle permettrait de réduire fortement le déficit prévu. Pour 2030, celui-ci passerait alors d’environ 2,7 milliards à 1,2 milliard de francs.
La pression reste donc forte sur les deux grands piliers sociaux. L’AI doit faire face à une hausse plus rapide que prévu des nouvelles rentes, tandis que l’AVS doit absorber le coût d’une prestation supplémentaire dans un contexte démographique déjà tendu. Pour les autorités, les prochaines réformes devront à la fois préserver les prestations et éviter que les fonds ne s’épuisent trop rapidement.








