L’industrie automobile mondiale change de centre de gravité, et la Suisse commence à en subir directement les conséquences. Les équipementiers helvétiques, très dépendants de leurs clients européens, ont vu leur chiffre d’affaires reculer de plus de 13 % l’an dernier.
La montée en puissance des constructeurs et fournisseurs chinois accentue encore la pression sur leurs marges et leurs débouchés. Si cette tendance se poursuit, plusieurs milliers d’emplois pourraient être menacés dans les prochaines années.
Plus de 600 entreprises suisses directement exposées
La transformation du marché automobile mondial est spectaculaire. Désormais, environ une voiture neuve sur trois est produite en Chine, qui gagne des parts de marché dans pratiquement tous les segments.
Le pays ne se contente plus d’inonder les marchés étrangers de véhicules. Il développe également toute une industrie de composants et de pièces détachées, concurrençant directement les fournisseurs historiques européens.
Pour la Suisse, l’enjeu est loin d’être marginal. Le pays compte plus de 600 entreprises actives dans la sous-traitance automobile. Ensemble, elles emploient plus de 100’000 personnes et réalisent plus de 20 milliards de francs de chiffre d’affaires à l’échelle internationale.
Ces sociétés fabriquent aussi bien des capteurs que des composants mécaniques ou des éléments destinés à l’intérieur des véhicules. Beaucoup travaillent étroitement avec les constructeurs allemands, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux difficultés actuelles de l’industrie automobile européenne.
Selon une récente analyse d’Alix Partners, relayée par le média Blick, la concurrence chinoise pourrait encore intensifier la pression sur ces fournisseurs, en provoquant une baisse des marges et une profonde réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le chiffre d’affaires des fournisseurs suisses décroche
Les premiers chiffres montrent déjà une situation nettement plus difficile en Suisse que dans le reste du secteur.
L’an dernier, le chiffre d’affaires des équipementiers suisses a diminué de plus de 13 % en moyenne. Dans le même temps, les 100 plus grands fournisseurs automobiles mondiaux n’ont enregistré qu’un recul de 2,2 %.
Le décrochage avait déjà commencé en 2024. Les sociétés helvétiques avaient alors perdu 14,9 % de leur chiffre d’affaires, contre 4,3 % pour les principaux acteurs internationaux. La rentabilité suit la même trajectoire. Les entreprises suisses affichent également des performances inférieures à celles des grands groupes mondiaux.
Frank Heines, coauteur de l’étude, pointe notamment la forte spécialisation des entreprises helvétiques. Beaucoup occupent des niches très précises qui étaient autrefois particulièrement rentables, mais qui subissent aujourd’hui une concurrence de plus en plus forte.
Dans ces segments, les ventes et les marges se dégradent désormais plus rapidement que la moyenne du marché mondial.
Des milliers d’emplois pourraient être menacés
Pour les auteurs de l’étude, les équipementiers suisses doivent rapidement revoir leur stratégie. Ils sont notamment invités à analyser leurs marges, leur trésorerie et leur portefeuille de produits, mais aussi à chercher de nouvelles sources de croissance en dehors de l’automobile traditionnelle.
La dépendance vis-à-vis de la Chine et la fragilité des chaînes d’approvisionnement doivent également être réévaluées.
Jürgen Simon, coauteur de l’analyse, avertit que si le chiffre d’affaires et la rentabilité continuent de reculer pendant encore un ou deux ans, les conséquences pourraient devenir importantes pour l’ensemble de l’économie suisse. Plusieurs milliers d’emplois seraient alors potentiellement menacés.
Les dernières publications des entreprises du secteur confirment cette prudence. Oerlikon évoque une incertitude persistante sur les marchés automobiles, tandis qu’Autoneum décrit un environnement toujours morose. Dätwyler fait également état d’une demande modérée sur les marchés traditionnels, tout en soulignant avoir renforcé sa présence auprès des constructeurs chinois.
Une exception apporte toutefois un peu d’optimisme. STMicroelectronics, seule entreprise suisse figurant parmi les 100 plus grands fournisseurs automobiles mondiaux, a annoncé une forte croissance de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre, notamment grâce à ses activités liées au secteur automobile.








