L’augmentation soudaine des prix du pétrole bouleverse actuellement les habitudes des automobilistes en Suisse et en Europe. En toile de fond, la guerre en Iran perturbe les marchés énergétiques mondiaux et renchérit fortement le coût des carburants.
Cette situation, alimentée par les tensions géopolitiques et certaines orientations politiques américaines, produit des effets inattendus sur le marché automobile. Elle contribue notamment à accélérer l’intérêt pour les véhicules électriques, y compris chez des conducteurs jusque-là peu enclins à franchir le pas.
La flambée du pétrole agit comme un accélérateur immédiat
Depuis le début du conflit en Iran, les prix du pétrole ont connu une hausse spectaculaire de plus de 50 %. Cette envolée s’explique en grande partie par les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial en temps normal. Cette instabilité a rapidement eu des répercussions concrètes à la pompe.
En Suisse, selon le radar des prix du Touring Club Suisse (TCS), le litre de sans plomb 95 atteint désormais 1,89 franc, tandis que le diesel grimpe à 2,24 francs. Ce seuil symbolique des deux francs pour le diesel pèse directement sur le budget des ménages et alimente les inquiétudes quant à une hausse durable des coûts de mobilité.
Dans ce contexte, l’intérêt pour les alternatives s’intensifie nettement. Stephan Jäggi, directeur de l’Association des concessionnaires automobiles indépendants de Suisse (VFAS), observe un changement rapide des comportements. Selon ses propos rapportés par Blick « La hausse des prix des carburants, conséquence de la guerre en Iran, accélère la transition vers l’électromobilité ». Les chiffres du premier trimestre 2026 confirment cette tendance, même si le recul reste limité pour en mesurer tous les effets.
Le mois de mars, premier mois complet après le début du conflit, marque déjà un tournant. Les immatriculations de véhicules neufs ont progressé de 7,2 %, atteignant 23 010 unités. Dans le détail, les voitures électriques affichent une hausse marquée de 21,7 %, tandis que les hybrides rechargeables enregistrent une progression encore plus forte de 38,1 %. Cette dynamique montre que les automobilistes ne se contentent plus d’observer la situation, ils adaptent concrètement leurs choix.
Une mutation visible aussi sur le marché européen
La tendance ne se limite pas à la Suisse. Dans plusieurs pays européens, les indicateurs pointent vers une évolution similaire. En Allemagne, par exemple, la plateforme Mobile.de rapporte une explosion de l’intérêt pour les voitures électriques. La part des recherches liées à ces modèles est passée de 12 % à 36 % depuis début mars, soit un triplement en quelques semaines.
Le marché de l’occasion confirme également cette mutation. En Suisse, 11 966 véhicules ont été importés au cours du premier trimestre 2026, soit une hausse de 6 % sur un an. La part des voitures électriques dans ces importations est passée de 6,6 % à 7,8 %, tandis que celle des hybrides a bondi de 22,6 % à 28,6 %. Ces chiffres traduisent une évolution structurelle de la demande, qui ne se limite plus aux véhicules neufs.
Ce basculement s’explique en grande partie par la perception du risque. Les automobilistes prennent conscience de leur dépendance aux fluctuations du pétrole, particulièrement sensibles dans une région aussi stratégique et instable que le Moyen-Orient. À l’inverse, le prix de l’électricité apparaît moins exposé à ces variations brutales, même s’il n’est pas totalement indépendant des marchés énergétiques.
L’ironie de la situation réside dans le rôle indirect de Donald Trump. Connu pour ses positions favorables aux énergies fossiles et son opposition aux politiques de soutien à l’électromobilité, il contribue malgré lui à renforcer l’attrait pour les motorisations alternatives. Les tensions géopolitiques associées à ses choix politiques participent à créer un environnement qui pousse consommateurs et entreprises à accélérer leur transition.
L’évolution de cette dynamique dépendra largement de l’issue du conflit en Iran. Une stabilisation pourrait freiner cette accélération, sans pour autant inverser la tendance de fond. L’épisode actuel agit comme un révélateur, la dépendance aux carburants fossiles expose directement les automobilistes aux crises internationales, tandis que les alternatives électriques offrent une forme de prévisibilité de plus en plus recherchée.








