Alors que les épisodes de chaleur deviennent plus difficiles à supporter dans les villes, le Maroc expérimente une solution originale à Marrakech et Agadir : remplacer certains revêtements classiques par des surfaces poreuses capables de laisser pénétrer l’eau. L’objectif est double : limiter l’accumulation de chaleur sur les sols urbains et améliorer l’infiltration des eaux de pluie.
Selon les informations d’Ecoticias, reprises par Slate, ces revêtements peuvent être 5 à 9 °C plus frais que l’asphalte traditionnel dans certaines conditions. Le principe n’est pas nouveau dans la recherche scientifique. Les revêtements perméables sont étudiés depuis plusieurs années pour lutter contre les îlots de chaleur urbains.
Leur efficacité thermique repose notamment sur l’évaporation de l’eau présente dans les pores du matériau : lorsque l’eau passe de l’état liquide à l’état gazeux, elle absorbe une partie de la chaleur, ce qui contribue à refroidir la surface. Des travaux expérimentaux ont confirmé que la porosité, la perméabilité et la capacité d’absorption du matériau influencent directement cet effet.
De l’eau dans le sol pour limiter la chaleur
Contrairement à une chaussée imperméable, le revêtement poreux permet à l’eau de pluie de pénétrer dans les différentes couches de la structure lorsque les caractéristiques du sol le permettent. Une partie de cette eau peut ensuite rester disponible et s’évaporer progressivement sous l’effet de la chaleur.
Cette propriété présente également un intérêt lors des fortes précipitations. En favorisant l’infiltration, ces surfaces peuvent réduire le ruissellement et contribuer à une meilleure gestion des eaux pluviales. Mais leur capacité à rafraîchir réellement une chaussée dépend fortement de la présence d’eau. Une étude scientifique consacrée à neuf formulations de revêtements perméables a notamment montré que l’effet de refroidissement par évaporation est lié à la quantité d’humidité disponible près de la surface.
Le projet du Maroc s’inscrit dans une stratégie plus large d’adaptation des villes. Le programme « Marrakech, ville durable » bénéficie d’un financement de 9,5 millions de dollars du Fonds pour l’environnement mondial et associe notamment la commune de Marrakech, la wilaya, des organismes publics et plusieurs partenaires scientifiques. Le projet comprend des actions portant sur les infrastructures, la gestion de l’eau, l’énergie et l’adaptation urbaine.
Une solution qui a aussi ses limites
Il serait toutefois trompeur de présenter ces routes comme une solution miracle contre les fortes chaleurs. L’effet de refroidissement varie selon la météo, l’humidité et surtout la quantité d’eau disponible dans le revêtement. Des recherches ont montré qu’un revêtement perméable peut même devenir plus chaud qu’un revêtement imperméable lorsqu’il est complètement sec. À l’inverse, lorsqu’il contient suffisamment d’eau, l’évaporation peut faire baisser sensiblement sa température.
L’entretien constitue une autre difficulté. Les poussières, les sédiments et les particules liées au trafic peuvent progressivement obstruer les pores et réduire la capacité d’infiltration. Le choix des endroits où installer ces revêtements est donc déterminant.
Dans une ville comme Marrakech, la disponibilité de l’eau constitue également un enjeu majeur. Utiliser davantage de surfaces capables de stocker puis d’évaporer l’eau peut être intéressant après des épisodes pluvieux, mais une stratégie reposant sur un arrosage régulier serait beaucoup plus difficile à concilier avec les contraintes hydriques locales.
Ces revêtements semblent ainsi particulièrement adaptés à certains espaces plutôt qu’à l’ensemble du réseau routier. Trottoirs, places, parkings et rues peu fréquentées peuvent constituer des terrains d’expérimentation plus pertinents que les grands axes soumis à un trafic intense. Le Maroc teste donc une piste supplémentaire pour adapter ses villes aux fortes chaleurs, mais les résultats sur la durée permettront de déterminer jusqu’où cette technologie peut réellement être déployée.








