Après avoir piloté une réforme controversée du chômage, le ministre fédéral de l’Emploi David Clarinval annonce un projet d’envergure qui pourrait transformer profondément le monde du travail en Belgique. En ligne de mire : une révision en profondeur de la législation sur le travail.
Cette initiative, qui s’ajoute à une série de mesures déjà clivantes, s’inscrit dans une dynamique de libéralisation accélérée. Elle vise à flexibiliser le marché de l’emploi en modifiant des règles fondamentales, dont le régime des préavis de licenciement.
Une législation du travail plus souple pour créer de l’emploi
David Clarinval a dévoilé les grandes lignes de son projet dans une interview accordée au journal Le Soir. Après avoir limité les allocations de chômage à deux ans dès janvier 2026, le ministre souhaite désormais « moderniser » le marché du travail en le rendant plus flexible. L’axe central de cette nouvelle réforme : une refonte du droit du travail, qui viserait notamment à plafonner les durées de préavis de licenciement.
Concrètement, Clarinval propose que, pour toute nouvelle embauche, la durée de préavis soit limitée à un an maximum, quel que soit le nombre d’années d’ancienneté. Pour les candidats non élus aux élections sociales, actuellement protégés pendant deux ans, la durée serait réduite à six mois. Ces modifications marqueraient une rupture avec le système en vigueur depuis 2014, qui fixe les durées de préavis selon un barème linéaire basé sur l’ancienneté : par exemple, 4 semaines après un an, 15 semaines après cinq ans, et 52 semaines après 17 ans.
Ce changement vise, selon Clarinval, à faciliter les embauches en réduisant les charges et incertitudes pesant sur les employeurs. Il estime qu’« une protection trop rigide dissuade les entreprises de recruter », et que la réforme permettra de « créer de l’emploi en fluidifiant les relations de travail ». Il évoque une « révolution libérale » en marche, portée par la coalition dite « Arizona » qui devrait gouverner sous un éventuel gouvernement De Wever I.
Des mesures annexes pour réorganiser le temps de travail
La réforme ne se limite pas aux préavis. Le ministre envisage aussi une série d’ajustements visant à alléger le cadre réglementaire du travail quotidien. Parmi les pistes évoquées : la généralisation des flexi-jobs, aujourd’hui réservés à certains secteurs comme l’Horeca, la diminution des jours d’absence sans certificat médical, la mise en place d’horaires de travail en accordéon (adaptables selon la charge de travail) et la facilitation des heures supplémentaires.
Ces mesures répondent à une logique de flexibilisation qui touche à l’organisation même du temps de travail. Elles pourraient avoir un effet direct sur le quotidien des salariés, en modifiant leurs rythmes de travail, leurs conditions de santé et leur équilibre vie privée/professionnelle. Clarinval assume cette orientation et affirme que « le monde du travail ne sera plus le même à la fin de la législature ».
Les syndicats et plusieurs partis politiques de gauche réagissent déjà avec inquiétude. Ils redoutent un affaiblissement des protections accordées aux travailleurs, dans un contexte où les inégalités sociales persistent. Pour les organisations syndicales, ces réformes risquent de favoriser la précarité plutôt que de stimuler durablement l’emploi. Les débats promettent donc d’être vifs au Parlement, alors que la mise en œuvre dépendra largement du prochain gouvernement.








