Les tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz font peser une menace sur le secteur aérien européen. Si la situation persiste, des annulations massives de vols pourraient devenir une réalité. La cause : une possible pénurie de kérosène, carburant essentiel pour les avions, qui affecterait de manière directe les transports aériens dans les semaines à venir.
L’Europe est particulièrement vulnérable à cette crise en raison de sa dépendance aux importations de pétrole et de kérosène en provenance du Moyen-Orient. En temps normal, l’Union européenne importe près de la moitié de son kérosène des pays du Golfe. Cependant, avec la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, une voie essentielle pour le transport maritime de pétrole, les approvisionnements en carburant aérien risquent de se raréfier. Selon plusieurs experts, la situation pourrait devenir critique dès le mois de mai si les perturbations continuent.
Les avertissements des experts et des autorités européennes
Le Conseil international des aéroports (ACI) a averti la Commission européenne le 9 avril dernier, signalant que des pénuries de kérosène pourraient débuter début mai, à moins que la circulation des pétroliers ne reprenne rapidement dans la région. Un économiste du cabinet Rystad Energy, Claudio Galimberti, a également évoqué une réduction drastique des vols, voire des annulations en Europe dès les mois de mai et juin. Cependant, la Commission européenne se veut rassurante, affirmant qu’aucune pénurie n’est actuellement signalée au sein de l’UE.
Les risques d’une pénurie systémique et les impacts sur les vols
Malgré ces déclarations rassurantes, le risque demeure. La situation pourrait rapidement devenir « systémique », selon l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie), qui estime qu’une pénurie pourrait survenir si l’Europe ne parvient pas à remplacer les volumes perdus en provenance du Moyen-Orient. Si cette situation perdure, les stocks de kérosène pourraient tomber en dessous du seuil critique de 23 jours en juin. Cette baisse des réserves entraînerait des réductions de vols, notamment dans les régions les plus touchées.
Les aéroports les plus petits et ceux situés à l’intérieur des terres risquent d’être les plus affectés, car leur ravitaillement se fait généralement plus lentement. En revanche, les grands aéroports internationaux bénéficieront de stocks plus importants et d’un accès plus rapide aux cargaisons de carburant. Cette disparité pourrait provoquer une situation où seuls certains vols seront annulés, laissant une partie du trafic aérien relativement intact.
Les propositions des compagnies aériennes et les défis d’approvisionnement
Face à cette incertitude, Airlines for Europe (A4E), qui regroupe plusieurs compagnies aériennes majeures, milite auprès de l’Union européenne pour la mise en place d’un système d’information en temps réel sur les stocks de kérosène dans les aéroports. Cette initiative vise à offrir une meilleure visibilité pour anticiper les pénuries, mais elle se heurte à des résistances, notamment de la part des fournisseurs de carburant, qui hésitent à partager des données aussi sensibles.








