La hausse récente des prix de l’électricité en Suisse s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, combinées aux décisions politiques américaines, perturbent profondément le marché du gaz.
Cette situation déclenche une réaction en chaîne qui dépasse largement les frontières européennes. Même un pays comme la Suisse, pourtant doté d’un mix énergétique relativement stable, se retrouve directement concerné.
Une flambée du gaz qui redéfinit les prix de l’électricité en Europe
La hausse actuelle des prix de l’électricité trouve son origine dans une tension accrue sur le marché mondial du gaz. Le Moyen-Orient, région stratégique pour l’approvisionnement énergétique, est fortement perturbé par des attaques visant certaines infrastructures et par des incertitudes politiques. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz, joue un rôle central dans cette équation. Toute perturbation dans cette zone entraîne une contraction de l’offre disponible.
Dans ce contexte, l’Europe doit rivaliser avec l’Asie pour sécuriser ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié. Cette concurrence a provoqué une hausse rapide des prix, avec des augmentations observées entre 30 % et 60 % sur le marché à court terme. Selon une porte-parole de la Commission fédérale de l’électricité, cette évolution a un impact direct sur les coûts de production: «En raison de la hausse du prix du gaz, ces centrales produisent actuellement leur électricité à un coût nettement plus élevé qu’il y a encore quelques mois», relate Watson.
Le fonctionnement du marché de l’électricité amplifie ce phénomène. En Europe, le système dit du merit order détermine les prix en fonction du coût de la dernière centrale activée pour répondre à la demande. Les sources les moins chères, comme les énergies renouvelables, l’hydraulique ou le nucléaire, sont mobilisées en priorité. Mais lorsque la demande augmente, ce sont les centrales à gaz, plus coûteuses, qui entrent en jeu et fixent le prix final.
L’Italie occupe une position clé dans ce mécanisme. Lors des périodes de forte consommation, plus de 50 % de son électricité provient de centrales à gaz. Cela en fait un acteur déterminant dans la formation des prix sur les marchés interconnectés. Lorsque les coûts de production italiens augmentent, cette hausse se répercute sur l’ensemble du réseau européen.
Une Suisse dépendante d’un marché qu’elle ne contrôle pas
Malgré une production largement basée sur l’hydraulique et le nucléaire, la Suisse ne fixe pas ses propres prix de l’électricité de manière indépendante. Le pays est étroitement intégré au réseau européen, ce qui signifie que les évolutions observées chez ses voisins influencent directement son marché intérieur. Comme le souligne une porte-parole de l’ElCom, «ce sont généralement les marchés étrangers qui déterminent le prix de l’électricité en Suisse».
Cette dépendance est particulièrement visible en hiver, lorsque la production nationale diminue et que les importations augmentent. L’Italie joue alors un rôle central, notamment en important de l’électricité via la Suisse, souvent en provenance de la France. Dans certaines situations, les capacités de transport ne sont pas pleinement utilisées, ce qui aligne davantage les prix suisses sur les niveaux plus élevés du marché italien.
Lors de la dernière période de froid, les importations nettes de la Suisse ont atteint environ 7 térawattheures, en partie en raison de l’arrêt de la centrale nucléaire de Gösgen. Cette baisse de production nationale a réduit les exportations vers l’Italie et accentué la dépendance aux marchés extérieurs. Une partie importante de l’électricité transitant par la Suisse est en effet destinée au marché italien, encore peu connecté à d’autres pays.
Cette situation comporte des risques, notamment pour les gros consommateurs qui achètent leur électricité sur le marché à court terme et subissent directement les fluctuations de prix. Pour les ménages, l’impact est plus limité à court terme, les fournisseurs ayant tendance à sécuriser leurs achats à l’avance.
La position géographique de la Suisse lui offre néanmoins un rôle stratégique. Située entre une France où l’électricité est souvent moins chère et une Italie plus dépendante du gaz, elle agit comme une plaque tournante énergétique. Cette configuration peut générer des opportunités commerciales pour les acteurs suisses, capables de tirer profit des écarts de prix entre ces marchés.
Les incertitudes restent toutefois importantes. Les stocks de gaz en Europe affichent actuellement un niveau inférieur d’environ 11 points de pourcentage à la moyenne de long terme. Dans ce contexte, l’évolution des prix dépendra largement de la situation géopolitique et de l’équilibre entre l’offre et la demande sur les marchés internationaux.








