Le secteur du solaire en Suisse traverse une phase délicate après plusieurs années de croissance rapide. Porté par la transition énergétique et l’augmentation des prix de l’électricité, il a attiré de nombreux acteurs et suscité un fort engouement chez les particuliers.
Mais cette dynamique s’accompagne désormais de revers, avec une série de faillites qui fragilise la confiance des clients. Plusieurs ménages se retrouvent aujourd’hui avec des pertes financières importantes et des installations inachevées.
Des faillites en série qui laissent des clients sans recours
Ces derniers mois, plusieurs entreprises actives dans le solaire ont déposé le bilan en Suisse, parmi lesquelles Mons Solar, Viva Solar, Clean Energy ou encore Prime Energy. Ces défaillances ont un point commun: elles laissent derrière elles des clients ayant versé des acomptes conséquents pour des projets qui n’ont jamais été finalisés.
Un cas récent rapporté par la RTS illustre cette situation. À l’automne dernier, un client du canton de Schwytz a versé un acompte de 21’000 francs, soit environ la moitié du coût total de son installation photovoltaïque, à la société Gama AG Photovoltaik. Moins de trois mois plus tard, l’entreprise faisait faillite. Le client concerné ne devrait pas récupérer son argent, comme c’est souvent le cas dans ce type de procédure.
Dans les procédures de faillite, les particuliers figurent généralement parmi les créanciers non prioritaires. Cela signifie qu’ils passent après d’autres créanciers pour espérer récupérer une partie des sommes dues. Dans les faits, les remboursements sont rares et souvent très limités.
Le nombre exact de clients concernés reste incertain. Selon le portail Rheintal 24, environ 140 commandes étaient encore en cours chez Gama Photovoltaik au moment de la faillite. Ce chiffre n’a pas été confirmé par les responsables de l’entreprise, qui n’ont pas souhaité communiquer sur les montants déjà perçus. De son côté, l’ancien président du conseil d’administration affirme que la situation n’était pas considérée comme désespérée avant la décision de déposer le bilan, évoquant une tentative de redressement après une levée de fonds.
Ces situations alimentent un sentiment d’injustice chez les clients lésés, qui se retrouvent à assumer seuls les conséquences financières de ces faillites. Elles soulèvent également des questions sur la transparence et la gestion de certaines entreprises du secteur.
Un secteur en phase d’ajustement après un boom rapide
Pour les professionnels du secteur, cette série de faillites s’inscrit dans un contexte plus large. Selon Swissolar, l’association de la branche, il ne s’agit pas uniquement de comportements isolés, même si certains cas posent problème. Son porte-parole, David Stickelberger, évoque plutôt un «assainissement du marché» après une phase de croissance exceptionnelle entre 2019 et 2024.
Durant cette période, la demande pour les installations photovoltaïques a fortement augmenté, poussant certaines entreprises à se développer très rapidement. Dans certains cas, cette expansion s’est faite avec des modèles économiques fragiles ou des structures encore peu solides. Les sociétés ayant misé sur une croissance rapide ou des calculs trop optimistes sont aujourd’hui davantage exposées aux difficultés financières.
Le fonctionnement du secteur repose en grande partie sur des acomptes versés par les clients. Ces paiements permettent aux entreprises de financer l’achat de matériel et le lancement des chantiers. Ce modèle est courant dans le domaine du bâtiment, mais il comporte des risques lorsque l’entreprise fait défaut.
Face aux critiques, certains clients estiment que les acomptes devraient être supprimés ou mieux encadrés, par exemple via des garanties bancaires. Swissolar nuance cette position. L’association souligne que les acomptes sont indispensables au fonctionnement de nombreuses entreprises, en particulier les petites structures. Imposer des garanties systématiques pourrait alourdir les charges et freiner l’activité du secteur.
Des solutions intermédiaires sont toutefois évoquées, comme le recours à des garanties au cas par cas ou une meilleure information des clients sur les risques. L’objectif est de trouver un équilibre entre protection des consommateurs et viabilité économique des entreprises.
Cette période de transition met en lumière les défis d’un secteur en pleine mutation. Entre croissance rapide et nécessité de consolidation, le solaire suisse doit renforcer sa crédibilité pour continuer à séduire les particuliers. Pour les clients, la prudence reste de mise avant de s’engager financièrement dans un projet.








