La sécurité énergétique revient au premier plan des préoccupations en Suisse. Dans un contexte international marqué par des tensions croissantes, les signaux d’alerte se multiplient sur les marchés du pétrole et du gaz.
Une voix du secteur met désormais en garde contre un risque élevé de pénurie de carburant dans le pays. Cette situation, encore incertaine, souligne la dépendance de la Suisse à des chaînes d’approvisionnement fragiles.
Un risque jugé « très élevé » dans un contexte international sous tension
La secrétaire générale de Suissenégoce, Florence Schurch, estime que le risque de pénurie de carburant en Suisse est « très élevé ». Dans un entretien accordé à plusieurs médias, elle évoque une situation qui se détériore rapidement sous l’effet de facteurs géopolitiques et économiques. « On est en train d’entrer dans une situation compliquée », explique-t-elle dans un entretien avec la Tribune de Genève et 24 heures, pointant une tension accrue sur les marchés de l’énergie.
Le prix du pétrole illustre cette volatilité. Il a récemment dépassé les 125 dollars le baril et pourrait atteindre 150 dollars selon certaines projections évoquées par la spécialiste. Une telle hausse dépend notamment de la durée des tensions internationales, en particulier des décisions politiques influençant les exportations de pétrole. L’éventualité d’un maintien prolongé de certaines restrictions pourrait accentuer la pression sur les prix.
La situation ne concerne pas uniquement le pétrole. Le marché du gaz est également sous surveillance. Les réserves, qui se constituent habituellement durant l’été, pourraient être affectées par des perturbations sur les infrastructures. Florence Schurch évoque notamment l’impact d’une raffinerie endommagée au Qatar, qui ne sera pas reconstruite à court terme. Ce type d’événement contribue à renforcer l’incertitude globale.
Dans plusieurs pays, les réserves stratégiques commencent déjà à s’épuiser. Des États comme les Philippines, le Vietnam ou le Bangladesh sont cités comme exemples de cette tension. Même si la Suisse ne se trouve pas dans une situation identique, ces signaux témoignent d’un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande à l’échelle mondiale.
Une Suisse exposée malgré ses réserves et ses infrastructures limitées
La Suisse dispose de réserves stratégiques de carburant, mais celles-ci ne suffisent pas à éliminer tous les risques. Le pays dépend fortement des importations et ne possède qu’une seule raffinerie, qui couvre environ 20% des besoins nationaux. Le reste de l’approvisionnement transite par l’étranger, ce qui expose le pays à d’éventuelles restrictions en période de crise.
La question du stockage du gaz illustre cette dépendance. Les réserves suisses sont en grande partie situées en Allemagne et en France. En cas de tensions majeures, rien ne garantit que ces ressources soient accessibles sans restriction. Florence Schurch rappelle l’expérience de la pandémie, lorsque certains équipements avaient été temporairement bloqués aux frontières. Ce précédent alimente les inquiétudes sur la solidarité entre États en situation de crise.
Dans ce contexte, la concurrence pour l’accès aux ressources énergétiques pourrait s’intensifier. « Dès que l’énergie se raréfie, la concurrence devient féroce », souligne la responsable. Les pays disposant de moyens financiers importants pourraient être en mesure de sécuriser leur approvisionnement en payant des prix plus élevés. La Suisse, en tant qu’économie solide, pourrait suivre cette logique pour garantir l’accès à l’énergie.
Les conséquences d’une telle situation dépasseraient le seul secteur énergétique. Une hausse durable des prix du pétrole pourrait se répercuter sur les coûts de transport et, indirectement, sur les prix des biens de consommation. Certains marchés, comme celui de l’alimentation, pourraient également être affectés à l’échelle internationale.
À ce stade, aucun scénario précis ne se concrétise, mais les signaux d’alerte se multiplient. Entre dépendance extérieure, tensions géopolitiques et volatilité des prix, la Suisse évolue dans un environnement énergétique incertain. Cette situation incite les autorités et les acteurs du secteur à rester particulièrement vigilants face aux évolutions des prochains mois.








