La Suisse ne fait actuellement face à aucune pénurie grave de produits pétroliers, selon les dernières évaluations de la Confédération. Malgré les tensions provoquées par la guerre impliquant l’Iran et les inquiétudes autour du détroit d’Ormuz, les autorités estiment que l’approvisionnement du pays devrait rester assuré jusqu’à la fin du mois de mai.
Cette situation reste néanmoins suivie de très près par l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE), qui juge le contexte international particulièrement instable. Entre réserves stratégiques, risques logistiques et pressions sur le marché mondial, la question énergétique revient au centre des préoccupations européennes.
La Confédération se veut rassurante malgré un contexte mondial sous tension
Dans son rapport publié mercredi sur l’état de l’approvisionnement économique du pays, la Confédération affirme que les produits pétroliers destinés au marché suisse restent disponibles “selon toute vraisemblance” pour les prochaines semaines. Cette évaluation concerne aussi bien les carburants finis que le pétrole brut importé en Suisse.
Du côté de l’OFAE, le discours se montre toutefois plus prudent. Les autorités fédérales reconnaissent que l’évolution de la guerre en Iran demeure difficile à anticiper, tout comme les conditions d’accès au détroit d’Ormuz. Cette zone maritime stratégique concentre une partie majeure du transport mondial de pétrole. Une dégradation de la situation pourrait rapidement perturber les flux internationaux et provoquer des tensions sur les prix ainsi que sur les livraisons vers l’Europe.
Les responsables de l’approvisionnement économique du pays indiquent suivre les développements “de près”. En cas de difficultés majeures, plusieurs dispositifs d’urgence pourraient être activés, notamment la mise à disposition des réserves obligatoires de carburants. Un porte-parole de l’OFAE a précisé à Keystone-ATS que ces stocks stratégiques peuvent être libérés “en l’espace de quelques jours ouvrables” si la situation l’exige, rapporte Blick.
Les autorités rappellent toutefois qu’elles ne communiquent jamais à l’avance sur d’éventuels prélèvements dans ces réserves. Cette prudence vise à éviter tout mouvement de panique ou spéculation sur les marchés énergétiques.
La Suisse dispose actuellement de réserves permettant de couvrir environ 4,5 mois de consommation nationale pour le diesel et l’essence. La situation est un peu différente pour le kérosène. Les stocks dédiés à l’aviation couvrent actuellement 71 jours de consommation, soit environ 2,5 mois, alors que l’objectif théorique reste fixé à trois mois.
Cette baisse s’explique principalement par la forte reprise du trafic aérien après la pandémie de Covid-19. La demande de kérosène a progressé rapidement ces dernières années, tandis que certains changements parmi les importateurs ont ralenti la reconstitution complète des stocks stratégiques.
La Suisse avait déjà utilisé une partie de ses réserves obligatoires en 2022. À l’époque, plusieurs événements avaient perturbé les chaînes logistiques européennes : le faible niveau du Rhin avait limité le trafic fluvial, des perturbations ferroviaires avaient ralenti le transport de marchandises et des grèves en France avaient compliqué les livraisons. Des problèmes techniques sur un pipeline reliant le sud de la France avaient également affecté l’approvisionnement.
Les marchés pétroliers mondiaux restent fragilisés par la guerre en Iran
Les inquiétudes ne concernent pas uniquement la Suisse. À l’échelle internationale, plusieurs organismes spécialisés alertent sur la fragilité croissante du marché pétrolier mondial. Dans son dernier rapport mensuel, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les conséquences du conflit impliquant l’Iran pourraient entraîner une diminution progressive des réserves mondiales de pétrole.
L’organisation observe déjà un recul des stocks enregistrés au niveau international au cours des mois de mars et d’avril. Cette baisse s’explique notamment par la décision de plusieurs grandes économies de puiser dans leurs réserves d’urgence afin de stabiliser les marchés. Les États-Unis, le Japon et l’Allemagne figurent parmi les pays ayant procédé à des libérations de stocks stratégiques ces derniers mois.
Selon l’AIE, le marché pétrolier pourrait rester “massivement sous-approvisionné” jusqu’au mois d’octobre. Les tensions géopolitiques actuelles, combinées aux difficultés de transport et aux risques de perturbation maritime, alimentent les inquiétudes des acteurs du secteur énergétique.
Face à ces risques, plusieurs gouvernements et entreprises cherchent déjà à limiter leur consommation de pétrole afin de réduire leur exposition à d’éventuelles pénuries locales. Certaines stratégies reposent sur des économies d’énergie, tandis que d’autres visent à diversifier les sources d’approvisionnement ou à adapter les chaînes logistiques.
L’OFAE anticipe lui aussi des effets durables liés au conflit. Même dans l’hypothèse d’un apaisement rapide de la situation, les autorités fédérales estiment qu’un retour à la normale prendrait plusieurs mois. Les infrastructures énergétiques potentiellement endommagées devraient être réparées avant une reprise complète des exportations et du trafic maritime.
Les délais de remise en service des installations, ajoutés au temps nécessaire pour que les premiers navires rejoignent à nouveau l’Europe, pourraient prolonger les tensions sur les marchés de l’énergie bien après la fin des combats. Dans ce contexte, la Suisse maintient sa vigilance et continue d’évaluer quotidiennement l’évolution de l’approvisionnement énergétique mondial.








