En Suisse, de nombreux retraités vivent avec un budget serré alors qu’ils pourraient bénéficier d’un soutien financier prévu par la loi. Les prestations complémentaires, destinées aux personnes dont les rentes AVS ou AI ne suffisent pas à couvrir les besoins vitaux, restent encore trop souvent méconnues.
Selon Pro Senectute, le non-recours aux prestations complémentaires concerne des personnes qui y auraient droit, mais qui ne les demandent pas, notamment faute d’information ou d’accompagnement.
Une aide prévue par la loi, mais encore trop peu demandée
Les prestations complémentaires ne sont pas une faveur accordée au cas par cas. Elles font partie du système suisse de sécurité sociale et s’adressent aux personnes qui touchent une rente AVS ou AI lorsque leurs revenus et leur fortune ne permettent pas de couvrir les dépenses reconnues.
L’Office fédéral des assurances sociales rappelle que le droit dépend notamment de la situation financière de la personne, avec des seuils de fortune fixés à 100’000 francs pour une personne seule et 200’000 francs pour un couple marié.
Pourtant, une partie des personnes concernées ne fait jamais la demande. D’après Blick, qui cite un rapport de l’Observatoire suisse de la santé, environ un tiers des personnes ayant droit aux prestations complémentaires ne les perçoivent pas. Pro Senectute estime que cela pourrait concerner entre 30’000 et 200’000 personnes en Suisse.
Les raisons sont multiples. Certains retraités ignorent l’existence même de ces prestations ou ne savent pas clairement à quelles conditions elles peuvent être obtenues. D’autres sont découragés par les formulaires, les justificatifs à réunir ou la peur de mal faire. Selon une enquête, 23% des nouveaux retraités de l’AVS confrontés à des difficultés financières déclaraient n’avoir jamais entendu parler des prestations complémentaires, tandis que 57% disaient en savoir peu, voire rien du tout.
Cette complexité administrative crée un vrai filtre. Toujours selon les données rapportées par Blick, 93% des bénéficiaires déjà au bénéfice de prestations complémentaires interrogés dans le cadre de l’étude ont indiqué avoir reçu de l’aide pour effectuer leur demande. Cette aide vient souvent de la famille, des services cantonaux ou d’organisations comme Pro Senectute et Pro Infirmis.
Une application pour simplifier les démarches
C’est pour répondre à ce problème que le Zurichois Patrick Hofer a développé l’application « We+ ». L’outil doit aider les utilisateurs à rassembler les documents nécessaires, remplir automatiquement le formulaire de demande et savoir à quelle autorité l’envoyer. Pour son créateur, le fait que des personnes renoncent à une aide indispensable pour joindre les deux bouts montre une faille dans le système.
L’initiative arrive dans un domaine où l’accompagnement humain reste toutefois essentiel. Pro Senectute propose déjà un simulateur de prestations complémentaires et des conseils personnalisés. L’organisation souligne que les nouveaux services numériques peuvent sensibiliser le public, mais qu’ils ne remplacent pas toujours un entretien en face à face, notamment pour les personnes âgées peu à l’aise avec les outils numériques.
Le sujet dépasse la simple question des formulaires. Certaines personnes hésitent aussi par gêne ou par crainte de peser sur la société. C’est pourtant un point que les autorités et les organisations sociales rappellent régulièrement. Les prestations complémentaires sont un droit lorsque les conditions sont remplies, et non une aide charitable.
Patrick Hofer juge que l’État devrait mieux informer les personnes susceptibles d’y avoir droit. Le canton de Bâle-Ville a d’ailleurs commencé à envoyer des courriers ciblés aux personnes potentiellement éligibles, tandis qu’une initiative cantonale du Jura visant à faciliter l’accès à ces aides a été rejetée au Parlement fédéral.
L’application « We+ » ne se limite pas aux prestations complémentaires. Elle doit aussi permettre de demander des allocations destinées aux proches aidants, un autre domaine encore mal connu alors que de nombreuses personnes s’occupent régulièrement d’un membre de leur famille. Patrick Hofer a développé seul l’outil en trois mois, avec l’aide de l’intelligence artificielle, et l’assistance liée aux prestations complémentaires y est gratuite.
Pour les retraités concernés, l’enjeu peut être décisif. Une prestation non demandée peut représenter une somme importante à la fin du mois. Et dans un pays où le coût de la vie reste élevé, mieux informer les personnes éligibles pourrait éviter que des milliers de ménages âgés renoncent à de l’argent qui leur revient légalement.








