Le modèle des magasins autonomes ouverts 24/7 a connu un essor certain au début, porté par l’idée de pouvoir faire ses courses à n’importe quelle heure, en libre-service et sans personnel. Cependant, l’enthousiasme initial a rapidement laissé place à une réalité moins optimiste.
Malgré les tentatives de grands distributeurs suisses comme Migros, Spar et Valora, ce concept semble se heurter à des défis de taille, notamment en matière de sécurité et de rentabilité. Si certaines enseignes continuent de défendre ce modèle, d’autres, comme Spar et Valora, ont dû faire marche arrière, confirmant ainsi les limites de cette approche dans le commerce de détail en Suisse.
Un concept innovant mis à mal par des défis opérationnels
Le modèle des magasins autonomes, où les clients peuvent accéder aux produits et effectuer leurs paiements via une application mobile sans l’aide d’un personnel, était perçu comme une innovation prometteuse. L’idée était simple : permettre aux consommateurs d’effectuer leurs courses à toute heure de la journée ou de la nuit, surtout lorsque les restrictions légales sur les horaires d’ouverture des magasins rendent difficile l’accès aux produits. Les enseignes comme Migros, Spar et Valora ont tenté d’implanter ce modèle dans plusieurs villes suisses, avec des magasins fonctionnant sans employés, accessibles 24 heures sur 24 grâce à une application.
Cependant, plusieurs obstacles ont rapidement émergé, principalement en raison du facteur humain, élément central de la rentabilité de ce modèle. Les magasins autonomes se sont confrontés à des vols fréquents et à des dommages matériels, entraînant des coûts d’exploitation considérables. L’exemple de Spar avec ses magasins Go24-Box à Zurich illustre bien ces difficultés : le magasin pilote situé à Zurich Sihlquai a dû fermer ses portes après des incidents répétés de vol et de dégradation, indique Watson. Valora a fait face à une situation similaire avec ses magasins Avec, qu’elle a finalement fermés en 2023. L’entreprise a rapidement compris que les pertes dues aux vols et aux coûts d’entretien étaient bien plus élevés que les économies réalisées grâce à l’absence de personnel.
Migros et les magasins Teo : une volonté de persévérer malgré les échecs
Malgré l’échec de certains projets, Migros semble toujours croire fermement au modèle des magasins autonomes. La coopérative, qui utilise le concept Teo (créé par la chaîne allemande Tegut et propriété de Migros Zurich), a continué d’expérimenter avec ce modèle. Cependant, après avoir mis fin à son test à Kloten et Dietlikon dans le canton de Zurich, Migros a démantelé ces installations. Les résultats obtenus dans ces sites n’avaient pas répondu aux attentes de l’entreprise, mais elle reste optimiste. En effet, selon les déclarations de Migros à la NZZ, les ventes des six sites Teo restants surpassaient les prévisions, et l’enseigne affirme que les problèmes de vol sont « solubles ». De nouveaux magasins Teo devraient donc ouvrir dans les mois à venir, malgré les défis rencontrés.
Les magasins Teo de Migros sont un exemple de ce qu’on appelle des « formats hybrides ». Ces magasins sont gérés par des employés pendant la journée, mais fonctionnent sans personnel durant la nuit ou les week-ends, à l’aide de technologies de paiement et de gestion de stock automatisées. Ce modèle hybride semble plus viable que les magasins entièrement autonomes, car il permet de limiter les risques liés aux vols tout en offrant la flexibilité des magasins ouverts 24 heures sur 24.
Un avenir incertain pour le commerce autonome en Suisse
Malgré les échecs et les difficultés rencontrées par les distributeurs suisses, le concept de magasin autonome 24/7 pourrait encore avoir un avenir, bien que sous des conditions très spécifiques. L’exemple de Rüedu, un exploitant de magasins à la ferme, montre qu’il est possible de continuer à expérimenter ce modèle, notamment dans des régions moins densément peuplées ou là où les horaires d’ouverture des magasins sont restreints. Cependant, le modèle d’un commerce autonome à 100 % semble de plus en plus difficile à justifier économiquement.
La tendance globale indique également une évolution vers des solutions hybrides. En effet, dans de nombreuses régions, le marché évolue vers un compromis entre technologie et présence humaine. Par exemple, aux États-Unis, Amazon a abandonné son projet de magasins entièrement autonomes avec Amazon Go, préférant des solutions plus classiques utilisant des scanners manuels. Ce mouvement souligne que l’automatisation complète dans le secteur du commerce de détail, même soutenue par de grandes entreprises, reste un pari risqué.








