Le premier épisode caniculaire de l’été a laissé une trace inquiétante en Suisse. Chez les personnes âgées de 65 ans et plus, la mortalité a dépassé les niveaux saisonniers attendus durant une semaine de juin.
Un signal préoccupant alors qu’une nouvelle vague de chaleur frappe déjà le pays. Dans les villes, le manque de fraîcheur nocturne devient un problème sanitaire majeur.
La mortalité des plus de 65 ans dépasse les niveaux attendus
Le chiffre interpelle. Entre le 21 et le 28 juin, le nombre de décès chez les personnes âgées de 65 ans et plus a dépassé de 15% les valeurs saisonnières attendues en Suisse.
Cette période coïncide avec le premier épisode caniculaire de l’été, qui s’est étendu du 18 au 30 juin. L’Espace Mittelland et la région lémanique figurent notamment parmi les zones où cette surmortalité a été observée.
Il faut toutefois manier ces données avec prudence. Le suivi statistique de l’Office fédéral de la statistique ne prend pas en compte la cause de chaque décès, comme le précise le communiqué. Il n’est donc pas possible d’affirmer que la chaleur est directement responsable de tous les cas supplémentaires recensés durant cette période.
Les chiffres restent également provisoires. Les offices d’état civil transmettent les déclarations de décès à l’OFS avec un certain décalage, ce qui peut encore modifier les estimations.
La concordance des dates attire néanmoins l’attention. La hausse de la mortalité a été observée au moment où la Suisse traversait son premier épisode de forte chaleur de l’été. Les personnes âgées font partie des groupes particulièrement vulnérables lorsque les températures restent élevées plusieurs jours.
Et le pays n’a guère eu le temps de souffler. Une deuxième séquence caniculaire a déjà débuté, avec des dispositifs « fortes chaleurs » activés notamment à Genève et dans le canton de Vaud.
Le risque ne vient pas seulement des pics observés en milieu d’après-midi. La capacité du corps à récupérer pendant la nuit joue aussi un rôle important. Or, dans les centres urbains, la chaleur accumulée durant la journée ne disparaît pas aussi facilement.
Le béton transforme les villes en pièges à chaleur
Sortir d’une grande ville pour rejoindre la campagne peut parfois suffire à ressentir une nette différence de température. Ce phénomène porte un nom : l’effet d’îlot de chaleur urbain.
Le fonctionnement est assez simple. Dans les régions plus végétalisées, l’eau présente dans les sols et les plantes contribue à rafraîchir l’air par évaporation. En ville, l’asphalte, le béton et les façades absorbent une grande quantité d’énergie solaire pendant la journée.
Lorsque le soleil disparaît, ces surfaces relâchent lentement la chaleur accumulée. Les bâtiments hauts peuvent aussi limiter la circulation de l’air et former des sortes de canyons urbains où la chaleur reste emprisonnée.
Le trafic et certains équipements, notamment les systèmes de climatisation, rejettent eux aussi de la chaleur dans l’environnement immédiat. La nuit tombe, mais le thermomètre peine à suivre.
Selon MeteoNews, ce phénomène devient particulièrement marqué lors des nuits claires et peu venteuses. Le problème prend une autre dimension pendant une canicule, lorsque plusieurs journées très chaudes s’enchaînent sans véritable période de récupération.
Les données de surmortalité de l’OFS rappellent à quel point la question dépasse désormais le simple inconfort estival. Les personnes âgées sont particulièrement surveillées pendant ces épisodes, notamment lorsqu’elles vivent seules ou dans des logements difficiles à rafraîchir.
Face à cette pression, l’urbanisme devient une partie de la réponse. Végétaliser les toitures, multiplier les espaces verts et remplacer certaines surfaces très sombres par des revêtements plus clairs permettent de limiter l’accumulation de chaleur.
La désimperméabilisation des sols peut également favoriser l’évaporation de l’eau. Autre piste : préserver des couloirs permettant à l’air plus frais de circuler vers les quartiers densément construits.
Ces transformations ne feront pas disparaître les vagues de chaleur. Elles peuvent toutefois rendre les villes moins étouffantes, surtout la nuit. La bataille contre la chaleur ne se joue plus seulement avec un verre d’eau et des volets fermés. Elle se joue désormais aussi dans la manière de construire les villes.








