L’hiver 2026 s’annonce particulièrement incertain pour la Suisse en raison de risques liés à l’approvisionnement énergétique. Le blocage du détroit d’Ormuz et les conséquences de la guerre en Iran pèsent lourdement sur les réserves de gaz naturel qui arrivent en Europe.
En réponse à cette situation préoccupante, la Commission fédérale de l’électricité (ElCom) appelle à un accord urgent avec l’Union Européenne pour garantir une stabilité de l’approvisionnement. Si rien n’est fait, la Suisse pourrait se retrouver confrontée à une crise énergétique majeure cet hiver.
Une géopolitique complexe et ses impacts sur l’approvisionnement en gaz
Le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique au reste du monde, est une route cruciale pour le transport du gaz naturel liquéfié (GNL). En raison de la guerre en Iran, la sécurité de cette voie stratégique est mise à mal, ce qui a un impact direct sur l’approvisionnement énergétique de l’Europe, et de la Suisse en particulier.
Le Qatar, un des principaux exportateurs de GNL, détient une part de marché d’environ 20 % dans ce secteur. Si les infrastructures du pays sont endommagées ou si la guerre prolongée entraîne la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, les stocks de gaz en Europe risquent de ne pas être suffisants pour faire face à un hiver rigoureux.
L’ElCom a d’ores et déjà alerté sur cette situation. Selon Werner Luginbühl, président de la Commission, un tel scénario pourrait entraîner une réduction substantielle des importations de gaz, affectant ainsi directement la Suisse, relate Blick.
En effet, après les événements de 2025, où la péninsule ibérique a subi un black-out, la Suisse a été confrontée à des besoins d’importations énergétiques plus élevés que d’habitude. Si la guerre en Iran perdure, les problèmes de réapprovisionnement pourraient se multiplier, avec des répercussions sur le prix et la disponibilité du gaz.
Néanmoins, il existe quelques éléments atténuants : bien que les stocks de gaz européens soient bas, les prix restent bien inférieurs à ceux observés durant les crises de 2021 et 2022. Cette baisse des prix est notamment due à l’augmentation de la capacité de stockage du GNL en Europe et à une production nucléaire particulièrement élevée en France, qui compense en partie la baisse de l’offre en gaz. Malgré cela, l’incertitude demeure, notamment si l’hiver 2026 devait être particulièrement froid, augmentant ainsi la demande de chauffage.
L’approvisionnement en électricité et les solutions de la Suisse face à la crise
Si la question du gaz naturel est au cœur des préoccupations, l’approvisionnement en électricité ne doit pas être négligé. En 2025, la Suisse a importé près de 6,8 térawattheures (TWh) d’électricité, soit environ un cinquième de sa consommation nationale pendant l’hiver. Ce recours accru aux importations est le résultat de l’arrêt temporaire de la centrale nucléaire de Gösgen, mais aussi d’une dépendance générale aux importations en hiver.
L’ElCom indique que, bien qu’il soit normal pour la Suisse d’importer de l’énergie en hiver, la situation de 2025 a été exceptionnelle. Lors de cet hiver, la Suisse a été un importateur net, ce qui signifie que la majorité de l’énergie consommée provenait de l’extérieur, notamment de la France. Cette dépendance aux importations a fonctionné, mais elle reste fragile face aux fluctuations du marché et aux conditions climatiques extrêmes.
Pour se préparer à un hiver difficile, la Suisse met en place plusieurs mesures de sécurité énergétique. Parmi celles-ci, l’intensification des relations avec l’Union Européenne pour garantir une flexibilité accrue dans les échanges d’énergie est primordiale. Un accord énergétique avec l’UE permettrait à la Suisse de mieux sécuriser son approvisionnement, tout en diversifiant ses sources d’importation. Cela inclut une plus grande capacité à importer du GNL, mais aussi à renforcer les interconnexions électriques avec les pays voisins.
Outre cet aspect, la Suisse doit aussi accélérer la transition vers des énergies renouvelables, bien que cette solution ne soit pas suffisante à court terme pour compenser les manques de gaz en hiver. Le renouvellement du réseau électrique, notamment avec des investissements dans les infrastructures vieillissantes, devient une priorité. Près de 60 % des pylônes du réseau électrique suisse ont entre 50 et 80 ans, ce qui nécessite une modernisation rapide pour garantir la stabilité du système.








