Le franc suisse continue de se renforcer face à l’euro et au dollar, suscitant l’attention des économistes et des marchés financiers. La Banque nationale suisse (BNS) a drastiquement modifié ses méthodes d’intervention depuis l’arrimage du franc en 2014-2015.
Aujourd’hui, elle n’intervient plus de manière systématique, mais uniquement pour contenir des hausses rapides et ponctuelles. Cette nouvelle stratégie reflète une prudence accrue face aux variations rapides des taux de change et à l’exposition du bilan de la BNS.
Un franc fort soutenu par une inflation plus faible qu’à l’étranger
Le franc suisse bénéficie d’un contexte où l’inflation reste nettement plus faible qu’aux États-Unis et dans la zone euro, affirme Peter Kinsella, responsable de la stratégie des devises chez UBP, dans une interview relayée par Blick. Cette dynamique implique que l’euro devrait rester relativement faible face au franc.
En Suisse, l’inflation est projetée à 0,6 % pour 2026 et 0,7 % pour 2027, alors qu’elle dépasse les 3 % dans plusieurs économies partenaires. Cette divergence explique en grande partie l’appréciation continue de la monnaie helvétique, car un franc plus fort réduit l’impact de l’inflation importée.
Malgré ce renforcement, la BNS n’envisage pas de relever ses taux directeurs. Les prévisions d’inflation conditionnelles et les taux réels légèrement négatifs suffisent à stabiliser l’économie, estime Kinsella. La banque centrale privilégie désormais l’observation de la vitesse et de l’ampleur des variations du franc plutôt que le niveau absolu du cours de change, limitant les interventions à des épisodes de hausse rapide.
Une politique d’intervention ciblée et prudente
Les interventions de la BNS ne sont plus continues comme lors de l’arrimage du franc à l’euro. Depuis 2025, la banque a limité ses actions à des événements ponctuels, tels que le « Liberation Day » en avril 2025, où elle est intervenue pour un montant d’environ 5 milliards de dollars. Ces mesures ont pour objectif de prévenir une hausse trop brutale du franc qui pourrait déstabiliser les marchés et l’économie.
Cette prudence s’explique également par l’exposition du bilan de la BNS. Ses réserves de devises dépassent aujourd’hui ses fonds propres, ce qui oblige les dirigeants à gérer le risque avec beaucoup de soin. Les interventions sont donc devenues ciblées et temporaires, afin de limiter l’impact sur l’inflation et sur la balance des paiements. Kinsella souligne que le duel dollar-franc devrait évoluer dans une fourchette étroite, tandis que l’euro continuera probablement de s’affaiblir face au dollar.
Les marchés anticipent également une possible hausse des taux d’intérêt par la BCE en juin 2026. Toutefois, la BNS ne suivra ce mouvement que si les conditions d’inflation et de croissance le justifient, et elle n’envisage plus de descendre ses taux directeurs en territoire négatif. Les stratégies actuelles privilégient la stabilité à long terme et la gestion du franc comme monnaie refuge, en réponse à la forte volatilité internationale.
L’évolution du franc et la stratégie de la BNS reflètent un ajustement aux réalités économiques globales et aux tensions sur les marchés des changes. Entre prudence et anticipation, la banque centrale suisse adopte désormais une politique plus flexible et ciblée, capable de protéger l’économie tout en laissant le franc refléter les fondamentaux monétaires du pays et ses partenaires commerciaux.








