Le calendrier de l’identité électronique suisse est bousculé. Alors que son lancement était attendu en 2026, l’Office fédéral de la justice annonce un report afin de renforcer la protection des données et la sécurité des futurs utilisateurs.
La décision est directement liée aux progrès rapides de l’intelligence artificielle. Pour les autorités fédérales, mieux vaut repousser la mise en service que lancer un système jugé insuffisamment armé face aux nouveaux risques numériques.
L’e-ID ne sera pas lancée en 2026
Selon l’Office fédéral de la justice, la mise en œuvre de l’e-ID est officiellement reportée. Aucune nouvelle date précise n’a encore été communiquée. Berne indique vouloir d’abord évaluer les adaptations nécessaires ainsi que les ressources supplémentaires à mobiliser.
Le message est clair, la sécurité passe avant le calendrier initial. L’OFJ estime que les dernières évolutions en matière d’intelligence artificielle posent de nouveaux défis pour la mise en place de l’identité électronique.
Ce report ne signifie pas que le projet est abandonné. Il s’agit plutôt d’un ralentissement technique destiné à rendre le dispositif plus robuste. Les autorités veulent s’assurer que l’e-ID pourra être obtenue et utilisée dans des conditions fiables, notamment lors de l’identification en ligne.
Le sujet est particulièrement sensible en Suisse, car l’e-ID n’a été acceptée que de justesse en votation populaire. Berne sait donc que la confiance du public sera déterminante pour la réussite du projet.
Deepfakes et logiciels malveillants inquiètent Berne
Le principal défi vient de l’intelligence artificielle. Les outils capables de produire de fausses images, de fausses vidéos ou des imitations très réalistes progressent rapidement. Pour un système d’identité numérique, ces technologies changent la donne.
L’OFJ veut notamment améliorer la détection des deepfakes. Ces contenus générés ou manipulés par IA peuvent compliquer les procédures d’identification à distance, surtout lorsqu’il s’agit de vérifier qu’une personne est bien celle qu’elle prétend être.
Les nouvelles mesures techniques doivent aussi rendre plus difficile l’introduction de logiciels malveillants sur les appareils utilisés. L’objectif est de renforcer la sécurité dès l’étape d’obtention de l’e-ID en ligne, là où une faille pourrait fragiliser l’ensemble du dispositif.
Un groupe de travail interdépartemental, dirigé par l’Office fédéral de la justice, travaille actuellement à la consolidation des solutions envisagées. Ces adaptations prennent du temps, ce qui explique le report du calendrier.
La protection des données reste au cœur du projet
Le report intervient aussi dans un contexte politique délicat. Début 2026, les autorités avaient déjà présenté plusieurs mesures destinées à répondre aux critiques des opposants au projet. Ceux-ci s’inquiétaient notamment de la protection des données, du contrôle du système et de la confiance accordée aux utilisateurs.
Ces engagements restent valables, selon l’Office fédéral de la justice. Berne veut garantir que la future e-ID inspire confiance, ce qui suppose un haut niveau de sécurité technique, mais aussi une architecture transparente et respectueuse des données personnelles.
Le Département fédéral de justice et police estime donc que les développements en matière de sécurité et de protection des données doivent primer sur le respect du calendrier. En clair, il vaut mieux retarder le lancement que fragiliser un projet déjà très observé.
Ce choix peut être vu comme une précaution politique autant que technique. Un lancement raté, ou une faille de sécurité dès les premiers mois, pourrait durablement nuire à l’acceptation de l’identité électronique.
L’infrastructure de confiance avance malgré le report
Le report de l’e-ID ne bloque pas tout le chantier numérique de la Confédération. L’infrastructure de confiance, nécessaire à l’exploitation de l’identité électronique et d’autres preuves numériques, est présentée comme bien avancée.
Selon l’OFJ, l’environnement de test public, appelé Public Beta, fait l’objet d’essais concluants depuis plus d’une année avec les autorités et des acteurs privés. Cette infrastructure devrait pouvoir entrer dans sa phase d’exploitation au cours du premier semestre 2027.
Elle pourra être utilisée par la Confédération, les cantons, les communes et certains acteurs privés pour émettre d’autres moyens de preuve électroniques. Le permis de conduire électronique est notamment cité comme exemple.
Le Conseil fédéral doit fixer l’entrée en vigueur, au moins partielle, de la loi fédérale sur l’identité électronique et d’autres moyens de preuves électroniques pour accompagner cette mise en service.








