La simplification de l’accès aux transports publics reste une priorité en Suisse, où le réseau est largement utilisé au quotidien. Malgré sa performance, le système de billetterie peut encore représenter une source de complexité pour certains usagers.
Une nouvelle technologie baptisée «Be in – Be out» (Bibo) entend franchir un cap en supprimant toute intervention lors de l’achat d’un titre de transport. Actuellement en phase de test, cette innovation pourrait modifier en profondeur la manière de se déplacer dans le pays.
Monter à bord sans valider ni anticiper son trajet
Le principe de Bibo repose sur une idée simple, permettre aux voyageurs de monter dans un train, un bus ou un tram sans avoir à acheter ou valider un billet. L’application, activée sur le smartphone, détecte automatiquement les déplacements grâce à des balises Bluetooth installées dans les véhicules. Elle enregistre les montées, les descentes ainsi que les correspondances, puis calcule le prix du trajet une fois celui-ci terminé.
Ce fonctionnement marque une rupture avec les systèmes actuels, qui nécessitent souvent une action manuelle, comme l’activation d’un trajet ou la validation à la montée et à la descente. Selon Michaela Ruoss, porte-parole d’Alliance Swisspass, cette technologie doit permettre aux usagers de disposer automatiquement d’un titre de transport valide, sans avoir à se soucier des démarches habituelles, rapporte la SRF.
Du côté des Chemins de fer fédéraux suisses (CFF), cette évolution est perçue comme une réponse concrète à certaines limites des systèmes existants. Le dispositif actuel, qui repose sur une activation volontaire, peut entraîner des erreurs. Des cas récents ont montré que des voyageurs pouvaient être sanctionnés pour s’être enregistrés trop tard. En automatisant entièrement le processus, Bibo vise à éviter ce type de situation.
Sur le plan technique, le réseau est déjà largement prêt. Selon Parand Rohani, responsable du développement numérique aux CFF, la majorité du matériel roulant est équipée des balises nécessaires à la détection Bluetooth. Seules quelques exceptions subsistent, notamment certains trains internationaux comme le TGV ou l’ICE.
Une phase de test grandeur nature est prévue entre le 27 avril et fin juin 2026. Environ 3000 usagers participeront à cet essai via le programme myRIDE. L’objectif est d’évaluer la fiabilité de l’enregistrement automatique des trajets ainsi que la précision du calcul des tarifs dans des conditions réelles.
Une innovation prometteuse sous surveillance
Si le système séduit par sa simplicité, il soulève également plusieurs enjeux. L’un des principaux concerne l’acceptation par les usagers. L’association de défense des voyageurs Pro Bahn accueille favorablement cette innovation, tout en insistant sur la nécessité de conserver des alternatives. Les voyageurs doivent pouvoir continuer à utiliser les solutions existantes, comme l’achat de billets aux guichets, aux distributeurs automatiques ou via le système Easyride avec validation manuelle.
La question de la protection des données fait également partie des points sensibles. Le fonctionnement de Bibo implique un suivi des déplacements afin de déterminer les trajets effectués. Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence indique ne pas voir de problème fondamental à ce stade. Il précise être en contact avec Alliance Swisspass et suivre de près le développement du projet, afin de pouvoir intervenir si nécessaire.
Sur le plan pratique, l’efficacité du système dépendra de sa capacité à fonctionner sans erreur dans des environnements variés. Les quais très fréquentés ou les trajets avec plusieurs correspondances représentent des situations complexes à gérer pour une détection automatisée. La phase de test devra permettre d’identifier d’éventuelles limites techniques.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de digitalisation des transports publics en Suisse. Les CFF envisagent déjà d’intégrer cette fonctionnalité directement dans leur application mobile, une fois les derniers ajustements effectués. L’ambition est de proposer une expérience fluide, où l’utilisateur n’a plus besoin de réfléchir aux aspects logistiques de son déplacement.
Les résultats de l’essai en cours seront déterminants pour la suite. Ils permettront de mesurer si cette approche peut s’imposer comme une nouvelle norme dans un pays où la qualité du service public est particulièrement attendue.








