Après Coop, Migros fait face à une plainte : cette pratique coûterait 12 millions par an aux producteurs suisses 

Une plainte déposée contre Migros remet au centre du débat les rapports de force entre producteurs agricoles et grande distribution.

Publié le
Lecture : 3 min
Migros
Après Coop, Migros fait face à une plainte : cette pratique coûterait 12 millions par an aux producteurs suisses : Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Suisse

Le modèle de distribution alimentaire suisse se retrouve de nouveau sous les projecteurs après une plainte déposée contre Migros auprès de la Commission de la concurrence. À l’origine de cette démarche, l’organisation Marchés Équitables Suisse accuse le distributeur d’imposer depuis de nombreuses années un mécanisme de rabais jugé défavorable aux producteurs de fruits et légumes. 

L’affaire soulève des questions sur l’équilibre des relations commerciales entre les grands détaillants et leurs fournisseurs dans un marché fortement concentré. Au-delà du seul cas de Migros, le dossier remet en lumière les tensions croissantes autour de la répartition de la valeur dans la chaîne alimentaire suisse.

Un rabais de 3% appliqué depuis près de vingt ans au cœur du différend

L’organisation Marchés Équitables Suisse (MÉS) a officiellement saisi la Commission de la concurrence (Comco) afin qu’elle examine les pratiques commerciales de Migros envers les producteurs suisses de fruits et légumes. Selon l’organisation, le groupe profiterait de son poids sur le marché pour imposer des conditions qui affaiblissent les revenus du secteur agricole.

Le point central de la plainte concerne un mécanisme appliqué depuis près de vingt ans. D’après les éléments avancés par MÉS et relayées par 20Minutes, Migros prélèverait systématiquement un rabais forfaitaire équivalent à 3% de la valeur facturée sur les marchandises livrées.

Dans le fonctionnement présenté par le distributeur, cette déduction correspondrait à une remise liée à un paiement rapide des fournisseurs.

Mais c’est précisément cette justification qui est contestée. Selon Marchés Équitables Suisse, les producteurs concernés ne disposeraient pas réellement d’une alternative entre accepter un paiement anticipé avec réduction ou attendre un paiement standard sans déduction.

L’organisation estime que ce mécanisme fonctionne dans les faits comme une retenue appliquée de manière généralisée. À ses yeux, cette situation placerait les producteurs dans une relation commerciale déséquilibrée où leur capacité de négociation reste limitée.

Les calculs réalisés par MÉS avancent un impact financier estimé à environ 12 millions de francs par an pour l’ensemble des producteurs suisses de fruits et légumes concernés. L’organisation indique également que plusieurs associations représentant les fournisseurs auraient déjà tenté d’obtenir une évolution de cette pratique, sans parvenir à modifier les conditions appliquées.

Cette plainte intervient dans un contexte où la pression économique ressentie par le monde agricole reste un sujet récurrent. Entre coûts de production élevés et attentes fortes des consommateurs sur les prix, les marges des producteurs sont régulièrement au centre des discussions.

Migros rejette les accusations et défend des pratiques qu’elle juge conformes au marché

Face aux critiques formulées, Migros conteste les accusations et défend ses méthodes contractuelles. Interrogé par les journaux de CH Media, le distributeur indique ne pas avoir reçu d’information officielle concernant une éventuelle procédure ouverte par la Commission de la concurrence. L’entreprise affirme également que les conditions appliquées dans ses relations commerciales sont conformes aux usages du secteur.

Migros décrit ses accords comme des pratiques «courantes, légales et éprouvées». Le désaccord ne porte donc pas uniquement sur un mécanisme financier mais sur l’interprétation du rapport de force entre distributeurs et fournisseurs.

Pour Marchés Équitables Suisse, la politique de prix bas dans le commerce de détail exerce une pression croissante sur les producteurs agricoles. L’organisation considère que les exploitations disposent de peu d’alternatives face aux grands groupes capables d’absorber une grande partie des volumes commercialisés en Suisse. Ce contexte renforcerait, selon elle, le pouvoir de négociation des détaillants.

La démarche engagée contre Migros s’inscrit aussi dans une stratégie plus large. En juin 2025, MÉS avait déjà déposé une plainte similaire contre Coop dans le secteur des fruits et légumes. Selon l’organisation, cette procédure avait conduit à la suppression d’accords qui prévoyaient eux aussi des remboursements forfaitaires de 3%. Cet antécédent nourrit aujourd’hui les attentes autour du dossier visant Migros.

Pour l’instant, aucune décision n’a été annoncée par la Comco concernant l’ouverture ou l’évolution de la procédure. L’enjeu dépasse désormais le cadre d’un simple désaccord contractuel. Cette affaire pourrait contribuer à relancer le débat sur les limites du pouvoir de marché dans la grande distribution et sur la capacité des producteurs suisses à préserver leur rentabilité dans un environnement toujours plus compétitif.

Laisser un commentaire

Share to...