Le dossier des laits infantiles contaminés n’est pas refermé en Suisse. Des boîtes encore disponibles à la vente peuvent contenir de la céréulide, une toxine susceptible de provoquer des troubles digestifs chez les bébés.
Les quantités détectées resteraient sous les seuils retenus par les autorités européennes, ce qui explique pourquoi les produits concernés n’ont pas été retirés. Mais l’affaire soulève désormais une question centrale : les analyses utilisées jusqu’ici mesurent-elles vraiment ce que les nourrissons consomment dans leur biberon ?
Six boîtes positives lors de contrôles à Genève
L’affaire remonte aux contrôles menés après les rappels massifs de laits infantiles intervenus au début de l’année. À Genève, les services du chimiste cantonal ont analysé des produits disponibles dans le commerce afin de vérifier si des lots concernés se trouvaient encore en rayon.
D’après les résultats communiqués au printemps, aucun produit faisant l’objet d’un rappel n’avait été retrouvé dans les commerces genevois. Les analyses avaient toutefois mis en évidence de faibles traces de céréulide dans six échantillons. Sur la base des seuils toxicologiques retenus et de l’évaluation des risques réalisée par les autorités compétentes, ces traces avaient été considérées comme ne nécessitant pas de retrait ou de rappel.
C’est précisément ce point qui rend l’affaire délicate. Les produits étaient positifs, mais jugés conformes. Les autorités ont donc estimé qu’ils pouvaient rester en vente, tout en informant les fabricants concernés pour qu’ils renforcent leurs propres contrôles.
La méthode de test au cœur du problème
La RTS révèle désormais un élément plus troublant : les tests n’auraient pas toujours été réalisés de la manière la plus pertinente. Pendant une partie de la crise, fabricants et autorités auraient analysé la poudre de lait seule. Or, le produit n’est pas consommé sous cette forme par les bébés. Il est mélangé à de l’eau avant d’être donné au biberon.
Ce détail change tout. La céréulide peut être liée à une huile utilisée dans certaines préparations infantiles. Cette huile est encapsulée dans la poudre, avec une couche protectrice qui peut ne se libérer qu’au moment de la reconstitution avec l’eau. Résultat, une analyse sur poudre peut détecter beaucoup moins de toxine qu’une analyse sur le lait prêt à être bu.
Selon le laboratoire belge Sciensano, cité comme référence en Europe sur ce dossier, les écarts entre les deux méthodes peuvent être considérables. Selon les échantillons, le lait reconstitué peut révéler des teneurs plusieurs dizaines de fois supérieures à celles mesurées dans la poudre seule.
Un signal d’alerte venu de Bruxelles
Face à ces différences, la Commission européenne a alerté les États membres ainsi que la Suisse. Dans un message daté du 30 janvier, obtenu par la RTS, Bruxelles insiste sur la nécessité de reconstituer le lait infantile avant l’analyse afin d’obtenir une extraction complète de la céréulide.
Cette précision technique n’est pas anodine. Elle signifie que le scandale ne porte pas seulement sur la présence éventuelle d’une toxine, mais aussi sur la fiabilité des contrôles effectués au moment le plus sensible de la crise. Si les méthodes sous-estiment les concentrations, les décisions de retrait ou de maintien en rayon peuvent être discutées.
Les industriels reconnaissent d’ailleurs la complexité du sujet. Nestlé indique viser une absence de céréulide dans ses produits, tout en admettant que les méthodes disponibles présentent des limites techniques. Hochdorf affirme suivre une approche similaire. Danone, de son côté, s’est montré plus réservé dans ses réponses au média suisse.
Une affaire loin d’être close
Pour les parents, ce dossier est particulièrement anxiogène. La céréulide peut provoquer des vomissements et des diarrhées, des symptômes à surveiller de près chez les nourrissons. En cas de doute sur un produit, la bonne réaction reste de vérifier les rappels officiels, de conserver les références du lot et de demander conseil à un professionnel de santé.
Au-delà des cas individuels, cette affaire met surtout en lumière une faille de confiance. Les rappels du début d’année avaient déjà fragilisé les fabricants et les autorités. Les révélations sur les méthodes d’analyse ajoutent une nouvelle couche d’incertitude.
La présence de traces sous les seuils réglementaires ne signifie pas automatiquement danger immédiat. Mais dans un produit destiné à des bébés, la marge d’acceptation est forcément très faible. Et c’est bien ce qui rend le dossier si sensible : les consommateurs attendent non seulement des produits conformes, mais aussi des contrôles irréprochables.








