Depuis le 1er janvier 2026, le nouveau tarif médical Tardoc est en vigueur en Suisse pour réguler la facturation des soins ambulatoires. Cette réforme visait à réduire légèrement les revenus des spécialistes et à augmenter ceux des médecins de famille.
Cependant, certains ophtalmologistes exploitent une faille du système pour facturer plus cher des traitements comme les injections intravitréennes. Pour les patients, cela peut représenter jusqu’à 40 % de coûts supplémentaires par rapport aux tarifs précédents.
Fractionnement des rendez-vous : une pratique qui fait débat
L’augmentation des coûts résulte du fractionnement des rendez-vous dans certains cabinets, notamment le réseau Gutblick AG. Les patients subissent désormais deux journées distinctes : une pour le scan de l’œil, l’autre pour l’injection. Ce procédé permet de cumuler plusieurs facturations dans le cadre du forfait imposé par Tardoc. Pour une injection intravitréenne liée à la dégénérescence maculaire, Verena Grossenbacher, patiente régulière du réseau, paie désormais plus de 1’700 francs contre environ 1’200 francs auparavant, comme le rapporte Blick.
Trois experts ont analysé ces pratiques. L’Organisation des tarifs médicaux ambulatoires (OAAT) juge « pas compréhensible » la séparation du scan et de l’injection sur deux jours. Un ophtalmologiste explique : « On pourrait faire le scan et l’injection le même jour, mais dans ce cas, ça ne rapporte pas. » Heinz Locher, économiste de la santé, souligne que des sociétés spécialisées avaient anticipé ce type de dérive : « C’est exactement ce qui s’est produit. Le fractionnement permet d’éviter une perte de revenu ».
L’Office fédéral de la santé publique rappelle sur son site que les caisses-maladie devraient contrôler ces décomptes, mais celles-ci continuent souvent de payer sans problème. Selon Locher, « celui qui introduit des forfaits doit empêcher qu’ils soient contournés par un fractionnement. L’OAAT ne l’a pas fait ».
Défense des cabinets et limites organisationnelles
De son côté, Gutblick AG assure que la division des rendez-vous n’a rien de manipulatoire. Le directeur du réseau explique que, avec l’augmentation du nombre de patients, il est devenu impossible de réaliser scan et injection le même jour dans certains sites. « Avec l’augmentation du volume de patients, nous avons atteint nos limites organisationnelles et médicales », précise-t-il. Le fractionnement serait donc justifié pour des raisons pratiques et logistiques, et non pour maximiser les revenus.
Cette situation soulève toutefois un problème de conception du tarif Tardoc. Les forfaits médicaux sont censés simplifier la facturation et limiter les coûts, mais des pratiques comme le fractionnement permettent aux spécialistes d’augmenter les montants facturés. Les experts recommandent de rendre obligatoire la réalisation des prestations liées sur une seule journée, sauf justification auprès de la caisse-maladie.
Si le problème n’est pas encore prioritaire pour les autorités, il met en lumière les limites du système actuel et la nécessité de réviser le forfait pour éviter de futures dérives. Les patients et les assurances continuent de supporter un surcoût non négligeable pour des soins essentiels.








