Chaque automne, de nombreux assurés suisses comparent leurs primes dans l’espoir de réduire la facture. Le mouvement n’est pas nouveau, mais il peut fortement peser sur les caisses maladie lorsque les écarts de prix deviennent trop visibles.
Pour 2026, l’analyse de Comparis montre un marché moins agité que lors des années de fortes hausses, mais tout de même marqué par de vrais déplacements. Et cette fois, le Groupe Mutuel apparaît comme le grand perdant.
Groupe Mutuel subit la plus forte perte
Selon le communiqué de Comparis, Groupe Mutuel a perdu 44’000 assurés dans l’assurance de base, soit environ 4% de sa clientèle. C’est la baisse la plus marquante en valeur absolue cette année. Pour Felix Schneuwly, expert en caisses maladie chez Comparis, cette évolution s’explique notamment par les réserves plus limitées du groupe, qui réduisent sa marge de manœuvre sur les primes face à certains concurrents.
Le recul est d’autant plus notable que Groupe Mutuel avait connu une courte phase de croissance auparavant. Mais sur un marché où les assurés comparent rapidement les tarifs, une caisse peut gagner des clients une année, puis les perdre dès que ses primes deviennent moins attractives. Aquilana, Concordia et KPT ont également enregistré des départs.
Ce phénomène montre à quel point la fidélité reste fragile dans l’assurance de base. Les prestations étant largement identiques d’une caisse à l’autre, le prix joue un rôle décisif. Lorsqu’une caisse perd son avantage tarifaire, une partie des assurés n’hésite plus à partir.
CSS gagne le plus, mais Helsana reste devant
Dans le camp opposé, CSS affiche la plus forte progression. La caisse lucernoise a gagné 90’694 assurés, soit une hausse de 6% de son portefeuille. Cette croissance lui permet de consolider sa deuxième place sur le marché suisse de l’assurance de base.
Helsana, de son côté, reste numéro un. Avec environ 69’000 assurés supplémentaires, elle conserve la tête du classement et renforce encore sa position. Les deux grands acteurs, Helsana et CSS, rassemblent désormais près d’un tiers des assurés de base en Suisse. Cette concentration donne une image claire du marché, les grands groupes continuent de creuser l’écart.
Visana fait aussi partie des gagnants de l’année. La caisse bernoise signe la troisième plus forte progression et occupe désormais la cinquième place parmi les plus grands assureurs maladie du pays. Dans un secteur où les primes restent très surveillées, ces mouvements montrent que les assurés arbitrent de plus en plus en fonction du rapport entre prix, modèle choisi et confiance dans la caisse.
Des économies parfois importantes, mais encore peu exploitées
Malgré ces mouvements, Comparis souligne que relativement peu d’assurés ont changé de caisse l’an dernier. La hausse moyenne des primes de 4,4% en 2026 a été moins brutale que les années précédentes, ce qui a sans doute réduit l’envie de changer chez une partie de la population.
Pourtant, le potentiel d’économies reste important. Selon les exemples cités par Comparis, passer de la caisse la plus chère à la moins chère peut représenter environ 1100 francs par an dans le canton d’Argovie pour le modèle standard. Dans le canton de Zurich, l’économie peut atteindre 1300 francs. À Berne, elle dépasse même 1400 francs.
Le gain peut être encore plus élevé lorsqu’un assuré change à la fois de caisse et de modèle d’assurance. Les modèles médecin de famille, Telmed ou HMO peuvent réduire fortement la prime, même s’ils impliquent certaines contraintes dans le parcours de soins. Dans certains cas, l’économie annuelle peut dépasser les 3000 francs.
Un paradoxe demeure pourtant. Une part importante des assurés reste fidèle au modèle standard, pourtant plus coûteux, avec libre choix du médecin. Comparis relève même que les personnes aux revenus modestes y sont proportionnellement plus nombreuses que celles qui gagnent davantage.
Le choix de la franchise confirme aussi cette logique très tranchée. Les franchises de 300 francs et de 2500 francs concentrent à elles seules l’essentiel des préférences. Entre prudence maximale et recherche de prime plus basse, les assurés suisses continuent donc de privilégier les extrêmes.








