L’aviation commerciale est de nouveau dans le viseur du débat politique suisse avec le lancement d’une initiative populaire portée par l’association actif-trafiC. Le texte propose d’introduire une taxe sur les billets d’avion afin de financer le développement des transports publics et du rail, en particulier vers les pays voisins.
Cette proposition intervient dans un contexte marqué par la hausse continue du trafic aérien et les objectifs climatiques fixés à l’horizon 2050. Elle relance aussi une question déjà tranchée dans les urnes en 2021, mais qui continue de diviser la classe politique et l’opinion publique.
Une taxe aérienne pensée pour financer des alternatives durables
L’initiative baptisée «Pour des transports publics forts et des tarifs aériens équitables» prévoit l’introduction d’une contribution minimale de 30 francs par billet d’avion. Ce montant serait ajusté en fonction de la distance parcourue et de la classe de voyage, avec une logique clairement affichée de pollueur-payeur. Les jets privés seraient également concernés, avec une taxe d’au moins 500 francs par décollage, un signal fort à destination des formes de mobilité les plus émettrices.
Selon le comité à l’origine du texte, cette mesure pourrait générer environ 1,5 milliard de francs par an, relate Blick. Une large partie de ces recettes serait directement redistribuée à la population. Concrètement, au moins deux tiers des montants perçus prendraient la forme d’un bon de mobilité estimé à environ 110 francs par personne et par an. Ce crédit serait utilisable dans les transports publics, qu’ils soient régionaux, nationaux ou internationaux.
Pour les initiants, ce mécanisme vise à rendre les alternatives à l’avion plus attractives, sans pénaliser la majorité de la population. «L’initiative profitera financièrement à environ 90% de la population», affirme la conseillère nationale Martine Docourt. L’idée repose sur un rééquilibrage entre les modes de transport, alors que le train est souvent perçu comme plus coûteux ou moins compétitif sur certaines liaisons européennes.
Une autre part des recettes serait consacrée au développement de l’offre ferroviaire, avec un accent sur les connexions internationales. Le renforcement des liaisons vers les pays limitrophes figure parmi les priorités, dans le but de proposer des alternatives crédibles aux vols court et moyen-courriers. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire l’empreinte carbone du secteur des transports.
Un projet soutenu politiquement mais confronté à un passé incertain
Le lancement de cette initiative s’appuie sur un constat partagé par ses promoteurs : le trafic aérien atteint des niveaux record. «Cette évolution a des conséquences désastreuses pour le climat», souligne Franziska Ryser, conseillère nationale des Vert-e-s. Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, elle estime nécessaire de mettre en place des mesures à la fois efficaces et susceptibles de rassembler une majorité.
Le projet bénéficie du soutien de partis de gauche ainsi que de plusieurs organisations engagées dans la défense de l’environnement et des transports publics. Il s’appuie aussi sur un sondage de l’institut gsf-zurich, commandé par actif-trafiC, selon lequel environ deux tiers de la population suisse se déclarent favorables à une taxe sur les billets d’avion.
Malgré ces signaux encourageants, le contexte politique reste délicat. En 2021, le peuple suisse avait rejeté à 51,6 % la loi sur le CO2, qui incluait déjà une taxe similaire sur les billets d’avion. Depuis, plusieurs tentatives au Parlement pour réintroduire cette mesure ont échoué, et la nouvelle loi sur le CO2 entrée en vigueur en 2025 n’a pas retenu cette option.
Les opposants continuent de mettre en avant les risques économiques, notamment pour les aéroports et les compagnies aériennes suisses. La crainte d’un report des passagers vers des aéroports étrangers reste un argument central. D’autres critiques portent sur l’impact potentiel pour certaines catégories de voyageurs, même si le système de redistribution proposé cherche à atténuer ces effets.
Le comité dispose désormais jusqu’au 28 octobre 2027 pour récolter les 100 000 signatures nécessaires à une votation. Si ce seuil est atteint, la population suisse sera une nouvelle fois appelée à se prononcer sur la taxation du transport aérien. Le scrutin s’annonce déjà comme un test majeur pour la politique climatique du pays et pour l’acceptabilité de mesures incitatives dans le domaine de la mobilité.








