L’accord conclu entre Orange, Iliad (Free) et Bouygues Telecom pour acquérir SFR suscite des interrogations concernant l’évolution des tarifs des forfaits mobiles et l’avenir des salariés de l’opérateur.
Les trois groupes ont pris la parole le 8 juin afin de préciser leur position après l’annonce de cette opération évaluée à 20,35 milliards d’euros. Après plusieurs mois de discussions, Orange, Iliad, maison mère de Free, et Bouygues Telecom ont trouvé un accord avec Altice France, propriétaire de SFR. La transaction doit encore être examinée par les autorités de la concurrence, qui devraient être saisies dans les prochains jours.
Les opérateurs écartent l’hypothèse d’une hausse des prix liée au rachat de SFR
La perspective d’un passage de quatre à trois grands opérateurs de télécommunications sur le marché français alimente des interrogations sur le niveau futur de la concurrence et sur les conséquences pour les consommateurs.
Lors d’une conférence téléphonique, Aurélia Roussel, membre de la direction financière d’Orange, a affirmé que l’opération n’était pas fondée sur une augmentation des tarifs. Elle a déclaré : « Cette transaction et la valeur créée par cette transaction ne viennent absolument pas d’hypothèses de prix qui augmenteraient ».
Selon Aurélia Roussel, Orange devra notamment prendre en charge la migration des abonnés de SFR vers son réseau tout en conservant un niveau de service destiné à fidéliser sa clientèle. Elle a également indiqué : « On est évidemment déterminés à gagner, à rester leader en France, et donc la concurrence entre les trois opérateurs restera à l’issue de cette transaction aussi intense qu’elle l’a été par le passé ».
Du côté d’Iliad, Thomas Reynaud, directeur général du groupe, a également estimé que l’opération ne réduirait pas la concurrence. Il a déclaré : « On va avoir d’autant plus de moyens, d’autant plus de moyens financiers pour investir, afin de se différencier. […] Moi, j’ai la conviction que cette opération va renforcer la concurrence ».
Ces déclarations interviennent alors que plusieurs observateurs s’interrogent sur les conséquences d’un marché comptant un acteur de moins. Les autorités de la concurrence devront examiner les effets potentiels de l’opération avant de se prononcer.
Des inquiétudes persistent sur la concurrence et l’emploi
L’association de consommateurs CLCV suit le dossier avec attention. Olivier Gayraud, juriste de la Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie (CLCV), a fait part de ses préoccupations concernant l’évolution du marché. Il a déclaré : « On est inquiet. On s’achemine vers un retour en arrière concernant un équilibre concurrentiel qui était devenu satisfaisant depuis l’arrivée d’un quatrième opérateur (Free) ».
Il a également rappelé que les baisses tarifaires observées ces dernières années avaient eu des répercussions sur l’ensemble du marché, au bénéfice des consommateurs. L’exemple de l’Autriche est régulièrement cité dans les discussions autour du dossier. Après la réduction du nombre d’opérateurs mobiles de quatre à trois en 2012, des augmentations de prix ont été constatées. Les clients existants ont enregistré des hausses comprises entre 14 % et 20 %, tandis que certains nouveaux abonnés ont fait face à des augmentations pouvant atteindre 90 %.

Lors d’auditions au Sénat en novembre dernier, deux économistes ont estimé qu’un scénario comparable en France pourrait difficilement être évité. La question de l’emploi fait également partie des sujets suivis par les représentants du personnel et les syndicats. Les trois acquéreurs se sont engagés à conserver les 8 000 emplois concernés jusqu’au début de l’année 2029.
Aurélia Roussel a déclaré : « Les collaborateurs chez SFR sont inquiets et on tient évidemment à les rassurer ». Elle a ajouté : « Je le redis, notre angle sera d’engager les collaborateurs parce qu’on va devoir les motiver, les retenir parce que le travail à faire […] pour la migration des réseaux est colossal ». Interrogé sur la période postérieure à 2029, Thomas Reynaud a indiqué : « Au-delà de 2029, moi j’ai envie de vous dire que ce qui est important, c’est d’accompagner ces transitions de manière responsable et c’est ce que l’on fera, comme on l’a toujours fait ».
De son côté, Édouard Bouygues, directeur général délégué du groupe Bouygues, a précisé qu’« une attention particulière serait apportée aux aspects sociaux de la transaction, en particulier l’emploi ». Le projet de rachat de SFR entre désormais dans sa phase d’examen réglementaire. La décision des autorités de la concurrence sera déterminante pour la réalisation de cette opération et pour l’organisation future du marché français des télécommunications.








