La Belgique est-elle vraiment l’un des pays les plus taxés du monde ?

La Belgique est souvent citée parmi les pays les plus taxés au monde. Les données permettent de nuancer cette affirmation.

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La Belgique est-elle vraiment l’un des pays les plus taxés du monde ? Crédit : Canva | Econostrum.info - Belgique

La Belgique figure parmi les pays où la pression fiscale est la plus élevée, mais elle n’occupe pas la première place mondiale. Les données internationales montrent une forte taxation, notamment sur le travail, avec des différences importantes selon les types de revenus et les dispositifs fiscaux utilisés.

Alors que le gouvernement fédéral belge cherche à trouver 10 milliards d’euros d’économies pour réduire le déficit public, la question d’une éventuelle hausse des prélèvements revient dans le débat. Certains responsables estiment que les contribuables belges sont déjà fortement sollicités, tandis que d’autres défendent une nouvelle répartition de l’effort fiscal.

Selon les dernières données de l’OCDE, basées sur l’année 2023, la France arrive en tête des pays industrialisés en matière de pression fiscale. La Belgique se classe, elle, en cinquième position. Dans le classement établi par Eurostat, limité aux pays de l’Union européenne, la France occupe la deuxième place derrière le Danemark. La Belgique arrive en quatrième position.

Une fiscalité élevée, surtout sur les revenus du travail

La pression fiscale belge reste donc parmi les plus importantes en Europe. Elle correspond au rapport entre les recettes fiscales et parafiscales, comme les cotisations sociales, et le PIB, c’est-à-dire la richesse produite par le pays. Selon les chiffres de la Banque nationale de Belgique, les recettes fiscales et parafiscales représentaient 44,3 % du PIB en 2017. Elles devraient atteindre 42,1 % en 2026, puis descendre à 41,3 % en 2031 selon les prévisions liées aux réformes annoncées.

Cette évolution ne signifie pas forcément une baisse équivalente de la charge pour chaque contribuable. Les recettes publiques peuvent aussi évoluer grâce à d’autres sources, comme les dividendes versés par des entreprises détenues par l’État, les amendes ou certaines recettes administratives. La taxation varie aussi fortement selon la nature des revenus. Marc Bourgeois, professeur de droit fiscal à l’ULiège, explique :

« Nous sommes clairement dans le peloton de tête pour la taxation sur le travail. Nous le sommes aussi pour la taxation sur le capital. Par contre, nous sommes plutôt dans la moyenne basse en matière de taxes sur la consommation. » Le travail reste donc le principal point de tension du système fiscal belge. D’après les données d’Eurostat, la Belgique se situe à la sixième place des pays européens qui taxent le plus le travail via l’impôt sur le revenu et les cotisations sociales.

Une étude publiée par l’OCDE en avril, portant sur les revenus de 2025, indique qu’un travailleur belge célibataire sans enfant avec un salaire moyen subit un « coin fiscal » de plus de 52 %. Cela signifie que plus de la moitié du coût total du travail pour l’employeur correspond aux prélèvements publics. Pour un couple avec deux enfants disposant d’un seul salaire moyen, ce taux descend à 36,9 %, ce qui place encore la Belgique parmi les pays les plus élevés de l’OCDE.

Des niches fiscales qui modifient la réalité des comparaisons

Comparer les pays uniquement avec la pression fiscale globale ne suffit pas à mesurer l’effort réellement supporté par chaque contribuable. Les comparaisons internationales ne prennent pas toujours en compte la manière dont les impôts sont répartis ni les nombreux dispositifs permettant de réduire la facture fiscale. Ces mécanismes, appelés niches fiscales, sont nombreux en Belgique. Ils peuvent prendre différentes formes, comme certains avantages liés à la rémunération ou aux dispositifs professionnels.

Edoardo Traversa, professeur de droit fiscal à l’UCLouvain, souligne cette particularité : « On a un régime de droit commun de taxation des revenus du travail élevé, voire très élevé. Mais, pour en compenser les effets, il existe un tas d’avantages qui permettent à certains de réduire simultanément leur charge fiscale. Ce système s’avère toutefois inéquitable car on fait des différences de traitement fiscal pour des situations qui sont a priori comparables. »

Les économistes évoquent régulièrement la question d’un changement dans la répartition des prélèvements. Pour Jean Hendricks, professeur d’économie à l’UCLouvain : « Donc, oui, la fiscalité est élevée en Belgique. Mais on peut se demander, avant même de penser à augmenter encore cette pression fiscale, si on ne peut pas mieux la répartir. » Selon lui, une partie de l’enjeu concerne la taxation du travail, particulièrement pour les salariés moins qualifiés. « Chez nous, c’est clair, c’est le travail qui est trop taxé. Surtout pour les travailleurs les moins qualifiés. »

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