Pourquoi le Brésil a coulé volontairement un porte-avions français de 32 800 tonnes

Vendu par la France au Brésil en 2000, l’ancien porte-avions Foch a fini coulé dans l’Atlantique en 2023, avec plusieurs tonnes de matériaux dangereux à son bord.

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Porte-avions
Pourquoi le Brésil a coulé volontairement un porte-avions français de 32 800 tonnes - Crédit : Naval Group | Econostrum.info

En 2000, la France vend au Brésil le porte-avions Foch, un navire de 265 mètres qui a servi pendant près de quatre décennies. Rebaptisé São Paulo, il devait prolonger sa carrière sous pavillon brésilien. Mais le navire a finalement été coulé volontairement dans l’Atlantique en février 2023.

Mis en service dans la Marine française en 1963, le Foch appartient à la classe Clemenceau. Long de 265 mètres, il affiche un déplacement pouvant atteindre environ 32 800 tonnes à pleine charge. Le porte-avions peut embarquer jusqu’à environ 2 000 militaires et une quarantaine d’aéronefs. Après 37 années de service français, il est vendu au Brésil en 2000 pour environ 12 millions de dollars et prend le nom de São Paulo, rappelle Science et Vie

Son exploitation brésilienne est toutefois loin des ambitions initiales. Le bâtiment connaît des problèmes de maintenance, des incendies et de longues périodes d’immobilisation. La Marine brésilienne annonce finalement sa démobilisation en 2017, avant son désarmement définitif en 2018. Le navire est alors destiné à la démolition.

C’est à ce moment que la présence de matériaux dangereux devient déterminante. Le navire contient notamment de l’amiante, ainsi que des peintures et d’autres éléments susceptibles de contenir des substances toxiques. Des organisations environnementales ont également alerté sur la présence potentielle de PCB, de mercure et de plomb. Un inventaire des matières dangereuses réalisé pour le projet de démantèlement faisait notamment état d’environ 9,6 tonnes d’amiante.

En 2021, la coque est vendue pour être démantelée en Turquie. Le projet prévoit son acheminement vers Aliağa, l’un des principaux pôles mondiaux de démolition navale. Le São Paulo quitte finalement le Brésil le 4 août 2022, remorqué vers la Méditerranée. Mais son voyage tourne court. Face aux inquiétudes concernant les matières dangereuses présentes à bord, les autorités turques retirent leur autorisation d’importation.

Un navire sans port qui finit au fond de l’Atlantique

Le porte-avions doit alors faire demi-tour. Le navire revient vers le Brésil après avoir parcouru plusieurs milliers de kilomètres sous remorque. À son arrivée, les autorités brésiliennes refusent toutefois de lui permettre de rejoindre un port pour y être démantelé. Le bâtiment reste ainsi plusieurs mois dans une situation particulièrement problématique, tandis que son état se dégrade.

En janvier 2023, la Marine brésilienne estime que le risque d’un naufrage incontrôlé devient trop important. Le dossier provoque une bataille entre les autorités, les associations environnementales et la justice. Des ONG demandent notamment que le navire soit traité dans une installation spécialisée plutôt que coulé en mer. L’Ibama, l’agence environnementale brésilienne, s’est lui aussi opposé au projet de sabordage.

Le 3 février 2023, la Marine brésilienne met finalement à exécution son projet. Le São Paulo est coulé à environ 350 kilomètres des côtes brésiliennes, dans une zone où la profondeur atteint près de 5 000 mètres. Les autorités brésiliennes affirment avoir choisi un emplacement éloigné des zones environnementalement sensibles et des infrastructures sous-marines connues.

La décision reste fortement controversée. Les défenseurs de l’environnement craignent que la corrosion progressive de la coque libère dans le milieu marin de l’amiante, des métaux lourds et d’autres polluants. Reuters rapportait notamment les accusations selon lesquelles le naufrage aurait rejeté « des tonnes d’amiante, de mercure, de plomb et d’autres substances hautement toxiques » dans les fonds marins.

L’histoire du Foch ne correspond donc pas exactement à celle d’un navire vendu avec une « surprise » découverte soudainement des années plus tard. La présence de matériaux dangereux était connue avant son dernier voyage. C’est surtout l’impossibilité de trouver une solution de démantèlement acceptable, combinée à la dégradation de la coque et au risque de naufrage incontrôlé, qui a conduit le Brésil à choisir le sabordage. Le porte-avions repose depuis le 3 février 2023 à environ 5 000 mètres de profondeur

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