Alors que le Parlement doit examiner à la rentrée une réforme des titres-restaurant, le patron d’Edenred, Bertrand Dumazy, a pris position sur l’évolution du dispositif. Le PDG de l’entreprise propriétaire de la marque Ticket Restaurant estime que la pérennisation de certains usages, notamment l’achat de produits alimentaires en supermarché, peut être acceptable, mais il appelle à préserver l’objectif initial du titre-restaurant : financer un repas pris pendant la journée de travail.
Le dirigeant réagit, sur BFM Business, à la volonté de rendre définitive la possibilité d’utiliser les titres-restaurant pour acheter certains produits alimentaires dans les grandes surfaces. Cette possibilité, mise en place temporairement en 2022 dans un contexte d’inflation alimentaire élevée, permet actuellement aux salariés d’utiliser leurs titres pour acheter des produits comme des pâtes, du riz, des œufs ou encore de la farine.
Pour le patron d’Edenred, cette évolution peut rester compatible avec l’esprit du dispositif si elle demeure limitée. « La pérennisation concerne des produits alimentaires non directement ingérables, comme des oeufs ou de la farine. C’est plutôt une bonne chose, mais il faut faire très attention. C’est quand même le patron qui paie une partie, et il paie pour un repas équilibré au travail et non en dehors du travail. Il faut bien garder les limites, sinon le système n’aura plus d’intérêt pour celui qui le finance », considère Bertrand Dumazy.
Cette question touche directement au fonctionnement économique des titres-restaurant. Contrairement à une idée répandue, ils ne constituent pas uniquement un avantage financé par le salarié : l’employeur prend généralement en charge entre 50 % et 60 % de leur valeur, tandis que le reste est payé par le salarié. Cette participation patronale bénéficie d’exonérations de cotisations sociales dans certaines limites.
Aujourd’hui, les titres-restaurant peuvent être utilisés dans la limite de 25 euros par jour. Ils sont acceptés dans les restaurants, commerces alimentaires et grandes surfaces pour certains produits autorisés par la réglementation.
L’utilisation des titres-restaurant le dimanche divise également
Bertrand Dumazy s’est aussi exprimé sur l’autre évolution envisagée par la réforme : permettre l’utilisation des titres-restaurant le dimanche pour davantage de salariés.
Actuellement, seuls les salariés travaillant le dimanche peuvent déjà utiliser ce moyen de paiement ce jour-là. Une extension plus large pourrait donc modifier les habitudes d’utilisation du dispositif. « Près de 20% des Français peuvent déjà les utiliser parce qu’ils travaillent le dimanche. Encore une fois, cela doit rester une mesure de pouvoir d’achat équilibrée et équitable pour l’alimentation au travail », a ajouté le patron d’Edenred.
Le gouvernement défend cette réforme comme une mesure favorable au pouvoir d’achat. Le ministre du Commerce Serge Papin a notamment estimé que la possibilité de payer certaines courses alimentaires avec des titres-restaurant constituait une « mesure de liberté ».
Mais les professionnels de la restauration restent opposés à une extension trop importante du dispositif. Ils craignent qu’une utilisation plus large dans les supermarchés réduise les dépenses réalisées dans les restaurants, alors que le titre-restaurant avait été créé pour soutenir la pause déjeuner des salariés.
La réforme doit encore être débattue au Parlement. Son objectif sera de trouver un équilibre entre la demande des salariés, qui souhaitent conserver davantage de souplesse dans l’utilisation de leurs titres, les employeurs qui financent une partie du dispositif, et les restaurateurs qui souhaitent préserver sa vocation première.








