Le modèle suisse craque : 743’000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté

En Suisse, 743’000 personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024. Les associations alertent sur une précarité qui dépasse largement les statistiques officielles.

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Le modèle suisse craque : 743’000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

En 2024, 743’000 personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, tandis qu’environ deux fois plus étaient considérées comme menacées de pauvreté. Ces chiffres relancent le débat sur l’efficacité des dispositifs sociaux. 

Pour les Centres sociaux protestants (CSP), les statistiques ne montrent qu’une partie de la réalité. Les organisations dénoncent une situation où de nombreux ménages vivent juste au-dessus des seuils officiels, avec des budgets trop serrés pour absorber le moindre imprévu.

Réunis à Lausanne pour présenter leur campagne annuelle, les CSP de Berne-Jura, Genève, Neuchâtel et Vaud demandent notamment une meilleure protection sociale, davantage d’harmonisation entre les cantons et une définition plus cohérente des différents minima vitaux.

Près d’un million de personnes confrontées à la pauvreté ou au risque de pauvreté

Selon les données du monitoring national de la pauvreté publié par la Confédération, 8,4% de la population suisse, soit environ 743’000 personnes, vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024.

Sans les prestations sociales, la situation serait nettement plus difficile. Le taux de pauvreté absolue aurait atteint 16,4% de la population, soit près de 1,5 million de personnes.

La précarité touche également une partie des personnes qui ont un emploi. En 2024, environ 175’000 travailleurs et travailleuses, soit 4,3% des personnes actives occupées, vivaient malgré leur activité professionnelle sous le seuil de pauvreté.

Le constat établi par la Confédération montre que la Suisse n’a pas atteint son objectif de réduction de la pauvreté. Après une hausse entre 2014 et 2017, le taux s’est toutefois stabilisé depuis plusieurs années autour de 8%.

Les associations alertent sur une pauvreté invisible

Pour les CSP, les chiffres officiels ne suffisent pas à mesurer l’ensemble des difficultés rencontrées par la population, indique la RTS.

«La précarité dépasse ces statistiques officielles», estime Bastienne Joerchel, présidente des CSP.ch et directrice du CSP Vaud. Selon elle, de nombreux ménages vivent dans une zone fragile, avec des revenus légèrement supérieurs au seuil de pauvreté mais sans réelle marge financière.

Sur le terrain, les organisations constatent une augmentation des demandes liées à l’aide alimentaire, aux soutiens financiers ponctuels ou aux situations où des personnes alternent entre autonomie et recours à l’aide sociale.

Familles, travailleurs aux revenus modestes, personnes seules ou retraités peuvent ainsi se retrouver en difficulté face à une dépense imprévue, malgré l’absence de pauvreté au sens statistique.

Des règles différentes selon les cantons

Les CSP pointent également la complexité du système suisse de protection sociale. Il n’existe pas un seul minimum vital applicable à toute la population, mais plusieurs dispositifs avec leurs propres règles.

Les prestations complémentaires AVS/AI, le minimum insaisissable dans le cadre des poursuites, l’aide sociale ou encore les régimes liés à l’asile reposent sur des bases juridiques différentes. Les montants et conditions peuvent aussi varier selon les cantons.

Pour les associations, cette diversité rend difficile une approche uniforme de la pauvreté et nécessite un débat national sur les conditions permettant de garantir un niveau de vie digne.

Les CSP demandent notamment une revalorisation des prestations sociales afin de mieux tenir compte du coût réel de la vie et des difficultés rencontrées par les ménages les plus fragiles.

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