L’économie suisse résiste mieux que beaucoup d’autres aux turbulences internationales, mais cette solidité ne suffira pas à protéger durablement le pays. Dans son nouveau rapport économique, l’OCDE salue la stabilité des institutions, des finances publiques et du marché du travail helvétiques, tout en dressant une longue liste de réformes à engager.
Vieillissement de la population, dépenses de santé, pénurie de logements, concurrence et réglementation bancaire figurent parmi les principaux dossiers pointés par l’organisation. La Suisse dispose encore d’une situation budgétaire solide, mais les pressions financières devraient augmenter dans les prochaines années.
La retraite et la TVA reviennent sur la table
Le vieillissement démographique constitue l’un des principaux défis identifiés. Les dépenses liées aux retraites, à la santé mais aussi à d’autres besoins publics vont peser davantage sur les finances de la Confédération.
Pour conserver des comptes solides sur le long terme, l’OCDE recommande notamment d’améliorer l’efficacité du système de santé et de renforcer les recettes fiscales. Parmi les pistes évoquées figure une augmentation des recettes provenant de la TVA.
L’organisation remet également sur la table un sujet particulièrement sensible : l’âge de la retraite. Elle préconise de lier progressivement son évolution à celle de l’espérance de vie afin de renforcer le financement du système de prévoyance à long terme. L’OCDE défend cette orientation depuis plusieurs années pour la Suisse.
Il ne s’agit toutefois pas de décisions prises par Berne. Le rapport formule des recommandations de politique économique que les autorités suisses restent libres de suivre ou non.
Le logement devient l’un des points faibles de la Suisse
Autre sujet particulièrement préoccupant, le manque de logements, notamment dans les grandes villes et les régions où la demande est forte.
L’OCDE estime que les procédures d’autorisation trop longues, la complexité des normes et les différences entre cantons freinent la construction. Elle recommande donc une meilleure harmonisation des règles ainsi qu’une numérisation plus poussée des procédures.
L’organisation estime également que l’écart entre les loyers réglementés des contrats existants et les prix demandés lors de nouvelles locations peut limiter la mobilité sur le marché. Réduire cet écart pourrait, selon elle, encourager la remise sur le marché de certains logements et stimuler l’offre.
Ces propositions interviennent alors que le taux de logements vacants est passé sous la barre de 1% en Suisse et que la recherche d’un appartement abordable devient particulièrement difficile dans plusieurs régions.
UBS reste sous étroite surveillance
Le rapport s’attarde enfin sur le système financier suisse, profondément transformé depuis le rachat de Credit Suisse par UBS en 2023.
Si l’OCDE juge le secteur globalement stable, elle considère que des lacunes subsistent en matière de réglementation bancaire, de supervision et de gestion des crises. UBS occupe désormais une place encore plus importante dans l’économie suisse, ce qui renforce les risques qu’aurait une éventuelle crise touchant le groupe.
L’organisation soutient notamment un renforcement des exigences de fonds propres liées aux participations étrangères. L’objectif serait de permettre à la maison mère de mieux absorber les pertes ou de céder une filiale étrangère en difficulté sans mettre en danger l’ensemble du groupe et, indirectement, les finances publiques.
Derrière un bulletin économique globalement positif, le message adressé à la Suisse est donc nettement moins confortable. Sa prospérité actuelle lui donne une marge de manœuvre, mais plusieurs réformes devront être décidées avant que le vieillissement, le logement ou les risques financiers ne deviennent beaucoup plus coûteux à gérer.








