105’000 francs de dette par habitant, et pourtant les Suisses peuvent dormir tranquilles 

Les ménages suisses affichent le niveau d’endettement le plus élevé au monde, avec plus de 105’000 francs par habitant. Un chiffre impressionnant qui cache pourtant une situation financière bien plus solide qu’on pourrait le croire.

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Suisse
105'000 francs de dette par habitant, et pourtant les Suisses peuvent dormir tranquilles : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Avec une dette équivalente à 125 % du PIB, les ménages suisses affichent le niveau d’endettement le plus élevé au monde. Rapportée à la population, elle atteint environ 105’365 francs par habitant, très loin devant des pays comme l’Allemagne. 

Ce chiffre spectaculaire pourrait laisser penser que les finances des particuliers sont fragiles. Pourtant, plusieurs éléments expliquent pourquoi cette situation est beaucoup moins inquiétante qu’elle n’y paraît.

Plus de 105’000 francs de dette par habitant en Suisse

La Suisse se distingue généralement par la solidité de ses finances publiques, mais le tableau est très différent lorsqu’on regarde l’endettement des ménages.

Les dettes des particuliers représentent environ 125 % du produit intérieur brut. Cela correspond à quelque 130’000 dollars, soit environ 105’365 francs, par habitant. À titre de comparaison, le montant tourne autour de 28’000 dollars par personne en Allemagne.

Ce record mondial ne signifie pourtant pas que les ménages suisses vivent massivement au-dessus de leurs moyens. L’essentiel de cette dette ne provient pas de crédits à la consommation ou de difficultés financières courantes.

Plus de 90 % de l’endettement des ménages est en effet lié à l’immobilier, principalement sous la forme d’hypothèques. Les sommes empruntées sont donc généralement adossées à des logements dont la valeur représente un patrimoine important.

Pour Julian Marx, analyste chez Flossbach von Storch, cité par 20Minutes, le montant brut de la dette ne suffit donc pas à mesurer le risque. La capacité des emprunteurs à rembourser et les actifs dont ils disposent sont tout aussi déterminants.

Les hypothèques gonflent fortement l’endettement des Suisses

Le système immobilier helvétique explique une grande partie de cette particularité. Les propriétaires suisses conservent souvent une dette hypothécaire importante pendant de nombreuses années plutôt que de chercher à rembourser intégralement leur logement.

La fiscalité a longtemps encouragé cette pratique, puisque les intérêts hypothécaires peuvent être déduits du revenu imposable. Résultat, il est relativement rare qu’un propriétaire possède son logement sans aucune dette. Selon les données citées dans l’analyse, seulement environ un propriétaire sur dix se trouve dans cette situation.

Cette dette est par ailleurs compensée par un niveau de richesse particulièrement élevé. Le PIB par habitant suisse approche les 110’000 dollars, ce qui place le pays parmi les économies les plus prospères de la planète.

Des revenus élevés et relativement stables améliorent également la capacité des ménages à supporter leurs emprunts. Une dette importante peut ainsi être soutenable lorsqu’elle finance un actif et que l’emprunteur dispose de ressources suffisantes pour honorer ses mensualités.

Le niveau d’endettement doit donc être considéré parallèlement au patrimoine détenu. Un ménage fortement endetté mais propriétaire d’un bien immobilier de grande valeur ne se trouve pas dans la même situation qu’un ménage accumulant des crédits sans actif en contrepartie.

Être peu endetté n’est pas toujours une bonne nouvelle

À l’autre bout du classement mondial, certains pays affichent des niveaux de dette des ménages extrêmement faibles. Le Pakistan se situe par exemple autour de 2 % du PIB.

Ce chiffre pourrait sembler rassurant, mais il reflète surtout un accès beaucoup plus difficile au crédit. Les revenus y sont plus faibles et une part très importante de la population travaille dans l’économie informelle, ce qui complique fortement l’obtention d’un prêt bancaire.

L’endettement peut donc également traduire la confiance des banques dans la capacité de remboursement des particuliers. Un système financier développé et des revenus élevés permettent aux ménages d’emprunter plus facilement, notamment pour financer l’achat d’un logement.

La Suisse conserve d’ailleurs une particularité supplémentaire : seuls environ 36 % des logements occupés à l’année le sont par leur propriétaire, soit l’un des taux de propriété les plus bas d’Europe.

Si davantage de ménages devenaient propriétaires à l’avenir, l’endettement privé pourrait donc encore progresser. Le record suisse illustre ainsi moins une fragilité financière généralisée qu’un modèle immobilier et hypothécaire très particulier.

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