Plus que 72 jours de réserve : la Suisse voit ses stocks de kérosène passer sous le seuil critique 

La Suisse voit ses réserves de kérosène chuter à 72 jours, sur fond de crise énergétique et de tensions géopolitiques mondiales.

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Plus que 72 jours de réserve : la Suisse voit ses stocks de kérosène passer sous le seuil critique : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

La Suisse fait face à une tension croissante sur son approvisionnement en kérosène, dans un contexte international marqué par de fortes perturbations énergétiques. La fermeture du détroit d’Ormuz, liée au conflit en Iran, pèse lourdement sur les flux mondiaux de pétrole et renchérit les carburants fossiles en Europe. 

Si les automobilistes suisses ont jusqu’ici été relativement épargnés, le secteur aérien commence à ressentir les effets de cette pression. Cette situation met en lumière une vulnérabilité stratégique du pays, dépendant de chaînes d’approvisionnement extérieures pour assurer son trafic aérien.

Des réserves en baisse dans un contexte de tensions internationales

Selon l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE), la Suisse dispose actuellement de réserves de kérosène suffisantes jusqu’à la fin du mois de mai. En théorie, le pays doit maintenir des stocks correspondant à 90 jours de consommation moyenne, calculée sur les trois dernières années. Or, la réalité actuelle est en deçà de cet objectif, avec des réserves estimées à seulement 72 jours.

Cette diminution s’explique notamment par une hausse significative de la consommation depuis la fin de la pandémie. Le trafic aérien a fortement repris, augmentant la demande en carburant. Parallèlement, les livraisons de kérosène accusent des retards, ce qui empêche les stocks dits obligatoires d’être reconstitués au rythme attendu.

La situation est aggravée par le contexte géopolitique. La fermeture du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour une part importante du pétrole mondial, perturbe l’approvisionnement en Europe. Cette contrainte logistique entraîne une raréfaction progressive des carburants et une hausse des prix sur les marchés internationaux. Dans ce cadre, le kérosène devient plus difficile à obtenir, en particulier pour les pays sans accès direct aux routes maritimes comme la Suisse.

Les infrastructures d’approvisionnement helvétiques reposent largement sur des flux en provenance de l’étranger, transitant par pipelines, trains ou voies fluviales. Cette dépendance structurelle limite la capacité du pays à réagir rapidement en cas de choc externe. Le système fonctionne efficacement en temps normal, mais montre ses limites lorsque plusieurs facteurs de perturbation se cumulent.

Une marge de manœuvre limitée face à une pénurie potentielle

Contrairement aux États membres de l’Union européenne, la Suisse ne bénéficie pas d’un mécanisme de solidarité énergétique en matière de pétrole et de kérosène. Comme l’a rappelé Nicole Mathys, directrice de l’OFAE, le pays n’est pas intégré à ce système d’entraide, relate Watson. Cela signifie qu’en cas de pénurie dans un pays voisin, aucune obligation formelle n’existe pour lui fournir du carburant.

Il existe bien un accord spécifique pour le gaz avec l’Allemagne et l’Italie, permettant une assistance mutuelle en cas de crise. Mais ce dispositif ne s’applique pas au kérosène. Dans ce domaine, les réserves nationales sont avant tout destinées à couvrir les besoins internes. Le marché reste ouvert, ce qui implique qu’en théorie, des acteurs étrangers pourraient acheter du carburant en Suisse pour le revendre ailleurs, accentuant la pression sur les stocks disponibles.

Face à cette situation, le Conseil fédéral dispose de leviers d’action. En cas de pénurie sévère, il pourrait intervenir pour prioriser certains usages du kérosène. Les vols de secours, de lutte contre les incendies ou de recherche pourraient être alimentés en priorité. À ce stade, une telle mesure n’est pas envisagée, mais elle fait partie des scénarios possibles en cas de dégradation de la situation.

Par ailleurs, il convient de noter que l’armée suisse dispose de ses propres réserves de carburant, distinctes des stocks obligatoires gérés conjointement par la Confédération et l’industrie pétrolière. Ces réserves ne sont pas destinées à un usage civil et ne constituent pas une solution directe pour le trafic aérien commercial.

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