L’hôtellerie suisse a signé une saison d’hiver 2025-2026 exceptionnelle, confirmant la solidité du tourisme dans le pays. Avec 18,7 millions de nuitées, les établissements hôteliers ont atteint le meilleur résultat jamais enregistré pour cette période.
Cette performance repose à la fois sur la clientèle suisse et sur le retour soutenu de plusieurs marchés étrangers. Mais derrière ce record, certains signaux fragilisent déjà les perspectives de la saison estivale.
Un hiver record porté par les hôtes suisses, l’Europe et les Amériques
Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, l’hôtellerie suisse a enregistré 18,7 millions de nuitées durant la saison d’hiver 2025-2026. Ce résultat représente une hausse de 1,1% par rapport à l’hiver précédent, soit 198’000 nuitées supplémentaires. La progression peut sembler modérée, mais elle suffit à établir un nouveau record historique pour le secteur hôtelier suisse.
La demande indigène a joué un rôle central dans cette performance. Les hôtes suisses ont généré 9,5 millions de nuitées, en hausse de 1,6%. Ce niveau dépasse même les records atteints lors des quatre dernières saisons hivernales, signe que la clientèle nationale reste un pilier solide pour les hôtels du pays. La clientèle étrangère a, elle aussi, progressé, mais plus lentement, avec 9,3 millions de nuitées et une hausse de 0,5%.
La dynamique n’a toutefois pas été homogène sur toute la saison. La croissance s’est surtout concentrée entre décembre et février. Le mois de décembre 2025 a notamment affiché une progression de 5,9%, tandis qu’avril 2026 a enregistré une hausse de 5,1%. Mars a, en revanche, marqué un net repli de 5,7%, rappelant que même une saison record peut être traversée par des variations sensibles.
Du côté des visiteurs étrangers, l’Europe reste le principal réservoir de clientèle pour les hôtels suisses. Les voyageurs européens ont totalisé 5,8 millions de nuitées, soit une hausse de 1,8%. L’Allemagne a contribué à cette progression avec 26’000 nuitées supplémentaires, devant le Royaume-Uni avec 18’000 nuitées de plus et l’Espagne avec 17’000 nuitées supplémentaires. Ces marchés confirment leur importance pour les destinations suisses, notamment durant l’hiver.
Le continent américain a également fortement soutenu la fréquentation. Avec 1,8 million de nuitées, il atteint un nouveau record, en progression de 5,5%. Les États-Unis se distinguent particulièrement, avec leur meilleur résultat depuis trois décennies et 52’000 nuitées supplémentaires. Cette vigueur américaine constitue un relais précieux pour le tourisme suisse, surtout dans un contexte où d’autres marchés long-courriers montrent des signes de faiblesse.
La baisse la plus marquante vient d’Asie. La demande asiatique a reculé de 10,1% pour atteindre 1,4 million de nuitées. L’OFS attribue cette diminution aux effets du conflit au Moyen-Orient, qui pèse sur les déplacements internationaux et l’organisation des vols long-courriers. L’Inde affiche la plus forte baisse absolue parmi les pays étrangers avec 33’000 nuitées de moins, suivie des pays du Golfe avec 26’000 nuitées en recul et de la Corée du Sud avec 22’000 nuitées perdues. La Chine fait figure d’exception, avec une légère hausse de 900 nuitées.
Vaud, Genève et Zurich progressent, mais l’été s’annonce plus incertain
La progression de la saison hivernale s’observe aussi au niveau régional. Dix des treize régions touristiques suisses ont enregistré une hausse de fréquentation. La région zurichoise se distingue avec 51’000 nuitées supplémentaires, soit une progression de 1,6%. Genève affiche également une bonne dynamique avec 42’000 nuitées de plus, correspondant à une hausse de 2,5%. Le Tessin réalise de son côté une progression particulièrement solide de 7,2%, soit 49’000 nuitées supplémentaires.
Dans les régions alpines, les résultats sont plus contrastés. Le Valais affiche une hausse modérée de 0,7%. Les Grisons restent quasiment stables avec une progression limitée à 0,1%, même si leur clientèle étrangère augmente de 5%. Ces chiffres montrent que les destinations de montagne conservent une forte attractivité, mais qu’elles ne bénéficient pas toutes du même rythme de croissance.
Dans le canton de Vaud, l’hôtellerie a totalisé 1’261’200 nuitées durant la saison hivernale 2025-2026. Selon Statistique Vaud, cela représente une hausse de 1,4% par rapport à l’hiver précédent, soit 16’900 nuitées supplémentaires. Cette progression repose surtout sur la clientèle étrangère, en hausse de 2,1%, tandis que les hôtes suisses affichent une croissance plus modeste de 0,7%.
Les écarts sont importants selon les zones du canton. La région Nyon-Morges réalise la plus forte progression avec une hausse de 10%. Les Alpes vaudoises suivent avec une augmentation de 6,3%, confirmant leur attractivité durant la saison froide. À l’inverse, la région lausannoise recule de 2,1%, tandis que Montreux-Riviera reste presque stable avec une légère hausse de 0,1%.
Les visiteurs français restent les plus nombreux dans l’hôtellerie vaudoise, avec 147’900 nuitées. Ils devancent les Américains, qui totalisent 51’300 nuitées, et les Britanniques, avec 47’900 nuitées. La clientèle française a toutefois diminué de 2,2%, un recul compensé par la progression des hôtes espagnols, en hausse de 15%, et britanniques, en hausse de 8,1%. Dans le canton, les mois de décembre 2025 et d’avril 2026 ont été les plus favorables, avec respectivement 10% et 3,1% de croissance toutes clientèles confondues.
Malgré ce bilan hivernal historique, les perspectives pour l’été 2026 sont moins favorables, indique la TDG. L’Institut KOF prévoit une contraction de 1,6% de la fréquentation hôtelière au niveau national. Cette baisse attendue est liée à la guerre au Moyen-Orient, qui alimente la hausse du prix du kérosène et crée de l’incertitude autour des vols long-courriers. La clientèle asiatique, qui représente 12% des nuitées estivales en Suisse, devrait être particulièrement exposée à ce ralentissement.
Le record de l’hiver confirme donc la résistance de l’hôtellerie suisse, mais il ne garantit pas une saison estivale aussi dynamique. Le secteur peut s’appuyer sur une clientèle nationale solide, sur la vigueur des visiteurs européens et sur le retour marqué des Américains. En revanche, la chute des nuitées asiatiques et les tensions internationales rappellent que le tourisme suisse reste fortement dépendant de l’équilibre mondial des voyages.








