Le chalet s’appelle Bonheur. Son remplacement, lui, a déclenché une tout autre ambiance. À Oberbort, sur les hauteurs de Gstaad, la famille d’un milliardaire espagnol souhaitait faire construire deux demeures de luxe. Plusieurs propriétaires voisins ont contesté les plans, jusqu’à porter l’affaire devant la justice.
Deux chalets avec piscine, cinéma et voitures de collection
José María Aristrain, héritier d’un empire sidérurgique, possède avec sa famille deux parcelles totalisant plus de 5 000 mètres carrés. L’opération devait remplacer le chalet Bonheur par deux nouveaux bâtiments, avec un budget de construction voisin de 25 millions de francs.
Les équipements prévus donnent une idée de l’ambition du projet. Aux espaces d’habitation devaient s’ajouter une piscine, une zone de bien-être et un cinéma privé. Les plans comprenaient aussi un espace d’exposition pour des voitures anciennes et une pièce destinée à une collection d’armes.
Les deux chalets devaient abriter trois logements. Ce détail compte dans le conflit. Au-delà du standing des bâtiments, c’est leur utilisation future qui a suscité les objections.
Parmi les opposants figure Heini Wathén-Fayed, veuve de Mohamed Al-Fayed, l’ancien propriétaire de Harrods. Elle possède un terrain voisin de ceux de la famille Aristrain.
Les voisins contestent l’usage des futurs logements
Comme le rapporte 20 Minutes, les opposants accusent la famille de chercher à contourner la loi sur les résidences secondaires. Leurs objections portent donc sur la possibilité que ces logements deviennent, dans les faits, des maisons de vacances.
La réglementation impose des restrictions aux communes dont la proportion de résidences secondaires dépasse 20 %. L’Office fédéral du développement territorial précise qu’elles ne peuvent, en principe, plus autoriser de nouvelles résidences secondaires, même si la loi prévoit certaines exceptions.
Pour des logements déclarés comme résidences principales, l’utilisation annoncée doit être crédible. Les autorités doivent notamment examiner si une occupation à l’année est réaliste. Le caractère luxueux d’un logement ne suffit donc pas à résoudre la question de son affectation.
La commune avait initialement accepté le projet. La Direction cantonale des travaux publics avait ensuite remis en cause l’utilisation prévue, donnant raison aux opposants. L’affaire a alors été portée devant le Tribunal administratif bernois.
Le retrait du milliardaire n’a pas clos le dossier
Au cours de la procédure, les trois logements ont été déclarés comme des résidences principales. Puis, en mai 2025, José María Aristrain a retiré son recours personnel contre la décision cantonale.
Le récit détaillé du Tages-Anzeiger rapporte toutefois une suite. Son épouse a poursuivi la démarche en représentant leur fils mineur, avec le soutien de la commune de Saanen, dont dépend Gstaad.
Le Tribunal administratif bernois a finalement annulé la décision cantonale défavorable. D’après ce récit, il n’a pas retenu d’indices suffisants permettant de conclure que les logements projetés seraient simplement de nouvelles résidences de vacances.
Le dossier est revenu devant la Direction cantonale des travaux publics pour un nouvel examen. Cette décision constitue une avancée pour la famille, mais l’issue du projet reste ouverte.








