Main-d’œuvre étrangère : la Suisse attire moins d’Européens, mais ne peut pas s’en passer 

La Suisse a enregistré en 2025 un solde migratoire UE/AELE en baisse par rapport aux trois dernières années. Mais ce recul ne change pas le constat du Seco, l’économie suisse continue de dépendre fortement de cette main-d’œuvre.

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Main-d’œuvre étrangère : la Suisse attire moins d’Européens, mais ne peut pas s’en passer : Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Suisse

Le débat sur l’immigration reste vif en Suisse, mais les chiffres du marché du travail racontent une réalité plus nuancée. En 2025, le solde migratoire en provenance de l’UE/AELE s’est établi à 50’900 personnes, un niveau inférieur à celui observé ces trois dernières années.

 Ce chiffre reste toutefois au-dessus de la moyenne de long terme. Dans le même temps, le nombre de frontaliers a continué d’augmenter, notamment dans plusieurs secteurs économiques très exposés aux pénuries.

Un recul du solde migratoire, mais pas un retournement

Le 22e rapport de l’Observatoire sur la libre circulation des personnes confirme un ralentissement de l’immigration européenne vers la Suisse. Selon le Seco, le solde migratoire UE/AELE a atteint 50’900 personnes en 2025. Il s’agit d’un recul par rapport aux trois années précédentes, mais pas d’un effondrement.

Jérôme Cosandey, directeur suppléant du Secrétariat d’État à l’économie, a souligné que ce résultat restait supérieur à la moyenne historique. Autrement dit, la Suisse attire moins fortement qu’au pic récent, mais elle continue d’enregistrer une immigration nette importante depuis les pays de l’UE et de l’AELE.

Ce ralentissement intervient dans un climat politique sensible. Le rapport est publié une dizaine de jours après le refus de l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », qui avait placé l’immigration au cœur de la campagne. Le vote a montré que le sujet reste inflammable : 45 % de la population a soutenu le texte.

Pour les autorités économiques, le défi consiste donc à maintenir une immigration liée aux besoins réels du marché du travail, sans ignorer les inquiétudes exprimées par une partie de la population.

Santé, hôtellerie, industrie : des secteurs encore très dépendants

Le rapport rappelle que la main-d’œuvre européenne joue un rôle important dans plusieurs branches où les besoins restent élevés. Les résidents originaires de l’UE/AELE sont fortement présents dans la santé et le social, deux secteurs confrontés à une pénurie persistante de personnel.

Ils sont également nombreux dans l’hôtellerie-restauration, la construction et l’industrie. Dans ces domaines, les postes sont parfois saisonniers, physiquement exigeants ou difficiles à pourvoir avec la seule main-d’œuvre indigène. Les frontaliers occupent aussi une place importante, notamment dans l’horlogerie et la pharmacie.

Cette dépendance se voit dans les chiffres de long terme. La main-d’œuvre étrangère a généré une progression annuelle moyenne du volume de travail d’environ 0,8 % au cours des quinze dernières années. Ce point est central pour le Seco, le maintien d’une immigration proche des besoins du marché du travail est jugé essentiel dans un pays confronté au vieillissement démographique.

La question n’est donc pas seulement migratoire. Elle touche directement à la capacité de l’économie suisse à fonctionner, produire et recruter dans des secteurs qui peinent déjà à trouver suffisamment de personnel.

Une population active européenne très présente dans l’emploi

Les ressortissants européens installés en Suisse affichent un taux d’activité particulièrement élevé. En 2025, il atteignait 87,3 %, contre 84,8 % pour la population suisse. Les deux taux sont en hausse depuis 2010, ce qui montre que l’arrivée de main-d’œuvre étrangère ne s’est pas accompagnée d’un retrait de la population indigène du marché du travail.

Pour le Seco, la productivité et le nombre d’heures travaillées restent deux critères essentiels pour comprendre l’évolution du PIB. Sur les quinze dernières années, le PIB réel suisse a progressé de 1,8 %. Cette dynamique économique s’explique en partie par la contribution de la main-d’œuvre étrangère au volume total de travail.

Mais cette croissance ne suffit pas à éteindre le débat. Une partie de la population ressent une pression financière malgré les bons indicateurs macroéconomiques. Logement, primes maladie, coût de la vie et infrastructures alimentent un malaise que les chiffres du PIB ne résument pas toujours.

C’est précisément ce décalage qui rend le dossier politiquement sensible. L’économie a besoin d’immigration, mais une partie des citoyens demande davantage de maîtrise et de réponses concrètes aux effets ressentis de la croissance démographique.

L’Union patronale pousse le travail après 65 ans

Pour Roland A. Müller, directeur de l’Union patronale suisse, le signal envoyé par les urnes ne doit pas être minimisé. Il rappelle que 45 % des votants ont soutenu l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », preuve d’un scepticisme marqué face à l’immigration et à la croissance démographique, relève Blick.

Le patronat défend toutefois une position d’équilibre. Le marché du travail a besoin de l’immigration, mais celle-ci ne doit pas devenir la seule réponse au vieillissement de la population. L’Union patronale estime que le potentiel national doit être mieux utilisé, notamment en favorisant des carrières plus longues.

Le travail au-delà de l’âge ordinaire de la retraite reste, selon elle, sous-exploité. Cette idée rejoint la réforme AVS 2030 récemment mise en consultation par le gouvernement, qui vise notamment à encourager l’activité professionnelle après 65 ans.

Le message général est donc double. D’un côté, la Suisse continue d’avoir besoin de travailleurs venus de l’UE/AELE pour répondre à ses pénuries. De l’autre, le pays doit aussi mieux mobiliser sa propre population active, en particulier dans un contexte de vieillissement accéléré.

L’immigration européenne ralentit, mais le fond du problème reste entier : comment maintenir la prospérité suisse, financer les assurances sociales et répondre aux besoins des entreprises, tout en gardant l’acceptation de la population ? C’est sur cet équilibre fragile que le débat va désormais se poursuivre.

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