Travailler plus longtemps, oui, mais encore faut-il que les entreprises jouent le jeu. Avec la réforme AVS 2030, le Conseil fédéral veut encourager les seniors à poursuivre une activité après l’âge légal de la retraite, sur une base volontaire.
L’idée est de répondre à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée tout en offrant des incitations financières aux personnes qui souhaitent continuer. Mais dans les faits, les employeurs suisses semblent encore loin d’avoir adapté leurs pratiques.
Les seniors sont appréciés, mais pas toujours retenus
Sur le papier, les collaborateurs de plus de 60 ans bénéficient d’une très bonne image. Une étude de l’association focus50plus, menée avec l’Union patronale suisse et l’Union suisse des arts et métiers, montre que 90% des cadres et responsables RH interrogés saluent leur expérience, leur sens des responsabilités et leur savoir-faire.
Les entreprises reconnaissent aussi leur loyauté, leur réseau et leur connaissance du terrain. Dans un pays confronté au vieillissement de la population et à une pénurie de profils qualifiés, ces atouts devraient logiquement pousser les employeurs à garder plus longtemps leurs salariés expérimentés.
Pourtant, le décalage est net entre le discours et la réalité. Le départ à 65 ans reste la norme pour 82% des employeurs sondés. Moins d’une entreprise sur deux prolonge le contrat des collaborateurs arrivés à cet âge, tandis que la retraite anticipée demeure courante dans près de deux tiers des entreprises.
Moins d’une entreprise sur trois encourage vraiment le travail après 65 ans
Le point le plus révélateur concerne l’engagement concret des employeurs. Selon l’étude, seules 30% des entreprises encouragent activement la poursuite de l’activité après l’âge légal de la retraite. Autrement dit, la majorité reconnaît la valeur des seniors, mais ne met pas forcément en place les conditions pour les garder.
Les adaptations restent encore trop rares. Peu d’entreprises modifient réellement les tâches, les responsabilités ou l’organisation du travail pour tenir compte de l’âge, de la santé ou des envies des collaborateurs plus âgés. Or, pour beaucoup de seniors, continuer ne signifie pas forcément garder le même rythme qu’à 45 ans.
C’est là que le sujet devient sensible. La réforme AVS 2030 mise sur des incitations, mais le maintien en emploi dépend aussi de la souplesse des entreprises. Temps partiel, responsabilités allégées, transmission des compétences, horaires adaptés : sans ces leviers, prolonger sa carrière risque de rester une option théorique pour une partie des salariés.
Une nouvelle réalité que les entreprises doivent intégrer
La tendance évolue pourtant du côté des salariés. Selon les éléments cités par Blick, les départs anticipés sont devenus moins fréquents et plus tardifs. L’âge réel moyen de départ à la retraite a grimpé à 65 ans, et près d’un actif sur deux travaillerait même au-delà de l’âge légal.
Mais cette prolongation prend souvent une forme différente. Beaucoup de seniors ne veulent plus forcément travailler à plein temps jusqu’au dernier jour. Ils préfèrent réduire leur taux d’activité, étaler la transition et rester dans le monde professionnel plus longtemps, mais autrement.
Cette évolution change la manière de penser la fin de carrière. Elle ne ressemble plus seulement à une coupure nette entre emploi et retraite. Elle devient plus progressive, plus flexible, plus personnalisée. Le problème, c’est qu’une partie des entreprises suisses reste organisée autour de l’ancien modèle : plein temps, puis départ.
La réforme AVS 2030 peut encourager les seniors à rester actifs, mais elle ne suffira pas si les employeurs ne créent pas les conditions nécessaires. Pour l’instant, le message est clair. L’économie dit avoir besoin des plus de 60 ans, mais elle hésite encore à leur faire une vraie place après 65 ans.








