Les certificats médicaux sont devenus un sujet brûlant en Suisse. Des élus bourgeois veulent mieux encadrer leur usage, estimant que certains arrêts sont délivrés trop vite ou pour des durées trop longues.
Dans le secteur de la logistique, où chaque absence peut désorganiser toute une chaîne de livraison, le débat prend une dimension très concrète. Un débat sensible, à la croisée du droit du travail, de la confiance médicale et des contraintes économiques des entreprises.
Une absence qui peut coûter très cher
Martin Lörtscher, CEO de Hugelshofer Logistik à Frauenfeld, ne cache plus son agacement. Selon Blick, le patron a récemment reçu un certificat médical indiquant une incapacité de travail totale pour une semaine, transmis seulement quelques heures avant la prise de service d’un chauffeur.
Pour lui, ce type de situation met les entreprises sous forte pression. Son activité repose sur 320 chauffeurs qui transportent des colis, du lait ou des denrées alimentaires à travers la Suisse, 24 heures sur 24. Lorsqu’un conducteur manque à l’appel, il ne s’agit pas seulement de décaler un rendez-vous ou de reporter une tâche administrative. Un camion peut rester immobilisé, parfois avec des produits périssables à bord.
Le dirigeant estime qu’un employé absent coûte environ 1000 francs par jour à son entreprise. L’an dernier, Hugelshofer Logistik a enregistré près de 26’000 heures d’absence. En prenant un taux horaire de 40 francs, la facture atteindrait déjà un million de francs. Avec les heures supplémentaires, les remplacements et les autres charges, le coût total pourrait dépasser trois millions.
Martin Lörtscher insiste toutefois sur un point, la majorité des salariés seraient fiables et assidus. Ce sont, selon lui, certains comportements récurrents qui posent problème. L’entreprise dit observer davantage d’arrêts maladie les vendredis, les lundis, en été ou juste après certains licenciements.
Les médecins rejettent l’idée d’un durcissement
Le sujet est désormais sur la table politique. La commission de la santé du Conseil national veut agir contre les certificats médicaux jugés abusifs. L’intervention a déjà été approuvée par le Conseil national, malgré l’opposition de la gauche et du Conseil fédéral. Le Conseil des États devra encore se prononcer.
Du côté des médecins, la critique est mal reçue. Yvonne Gilli, présidente de l’association des médecins, estime que de nouvelles règles ne sont pas nécessaires. Elle rappelle qu’un certificat médical constitue déjà un acte médical et qu’un médecin peut être sanctionné s’il l’établit de manière incorrecte.
Selon elle, les entreprises disposent déjà de plusieurs outils. Elles peuvent demander des certificats plus détaillés ou recourir à des médecins-conseils. Elle met aussi en garde contre une bureaucratie supplémentaire, dans un contexte où le système médical est déjà sous pression.
Le débat oppose donc deux réalités. D’un côté, des employeurs confrontés à des absences coûteuses, surtout dans les métiers où la présence physique est indispensable. De l’autre, des médecins qui défendent le secret médical et refusent d’être transformés en contrôleurs au service des entreprises.
Martin Lörtscher affirme ne pas vouloir remettre en cause le secret médical. Il souhaite surtout pouvoir contacter plus facilement les médecins pour savoir si une autre activité, par exemple au bureau, serait possible. Pour lui, la solution doit rester simple, sans multiplier les formulaires.
À gauche, la critique est plus frontale. La conseillère nationale verte Léonore Porchet estime que le problème vient d’abord des conditions de travail et juge l’intervention inutile et dangereuse. Le Conseil fédéral partage aussi cette réserve.
Le dossier reste donc ouvert. Entre protection des salariés, confiance envers les médecins et coûts croissants pour les entreprises, la Suisse s’apprête à trancher un sujet sensible, où chaque camp accuse l’autre de regarder le problème par le mauvais bout.








