L’exploitation minière des fonds marins n’est plus un scénario lointain réservé aux rapports d’experts. Sous l’impulsion de l’administration Trump, un projet porté par The Metals Company pourrait ouvrir la voie à une extraction commerciale dès 2027 dans le Pacifique.
Dans ce dossier explosif, une entreprise basée dans le canton de Fribourg joue un rôle central avec le navire chargé de récupérer les ressources à plus de 4000 mètres de profondeur. Entre promesse de métaux stratégiques et inquiétudes environnementales, la Suisse se retrouve entraînée dans une bataille mondiale où chaque décision peut peser lourd.
Allseas au cœur d’un projet minier sous haute tension
Le projet avance vite, et c’est précisément ce qui inquiète. The Metals Company, entreprise canadienne très active dans la course aux ressources sous-marines, veut extraire des nodules polymétalliques dans la zone de Clarion-Clipperton, une immense région du Pacifique située entre Hawaï et le Mexique. Ces nodules, souvent comparés à des galets sombres posés sur le plancher océanique, contiennent plusieurs métaux très recherchés, notamment du nickel, du cuivre, du cobalt et du manganèse. Ces ressources sont au centre des chaînes industrielles liées aux batteries, aux équipements électriques, aux technologies de défense et à la transition énergétique.
Dans cette mécanique, Allseas occupe une place stratégique. L’entreprise, installée à Châtel-Saint-Denis dans le canton de Fribourg, doit fournir le navire capable de collecter ces ressources à très grande profondeur. Le dispositif prévoit de récupérer les nodules sur le fond marin, puis de les remonter jusqu’à un navire spécialisé. Ce type d’opération est présenté par ses promoteurs comme une alternative aux mines terrestres, souvent critiquées pour leur impact sur les paysages, les populations locales et la biodiversité.
L’argument séduit une partie de l’industrie. Les besoins en métaux critiques augmentent avec l’électrification des transports, la production de batteries et la recherche d’approvisionnements moins dépendants de la Chine. Pour Washington, le dossier est aussi géopolitique qu’industriel, écrit La Liberté. Accélérer l’accès aux ressources des grands fonds permettrait aux États-Unis de sécuriser des matières premières jugées sensibles, tout en réduisant leur dépendance à certains fournisseurs étrangers. Dans cette ruée encore balbutiante, Allseas ne se contente donc pas d’un rôle technique, elle devient l’un des maillons clés d’un projet qui pourrait ouvrir une nouvelle ère minière.
L’administration Trump appuie sur l’accélérateur
Le changement de rythme vient clairement de Washington. L’administration Trump a engagé une procédure plus rapide pour les entreprises qui souhaitent exploiter les ressources des fonds marins dans les eaux internationales. Dans ce cadre, la demande déposée par The Metals Company a franchi une étape importante auprès des autorités américaines. L’entreprise espère que l’examen réglementaire et environnemental pourra aboutir d’ici le premier trimestre 2027, ouvrant potentiellement la voie à une exploitation commerciale dans la foulée.
Cette accélération bouleverse les équilibres internationaux. Normalement, les activités minières dans les grands fonds situés au-delà des juridictions nationales relèvent de l’Autorité internationale des fonds marins, créée dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Or les États-Unis n’ont pas ratifié cette convention. Washington avance donc par sa propre voie réglementaire, ce qui alimente les critiques de nombreux États, ONG et juristes spécialisés dans le droit international.
Pour les défenseurs du projet, l’urgence est ailleurs. Les métaux contenus dans les nodules polymétalliques sont présentés comme indispensables à l’économie de demain. L’idée est simple, si les pays occidentaux veulent produire davantage de batteries, d’équipements électriques et de technologies stratégiques, ils doivent trouver de nouvelles sources d’approvisionnement. Dans cette logique, les grands fonds deviennent une réserve immense, encore peu exploitée, mais très convoitée.
Cette vision se heurte toutefois à une objection majeure. Personne ne maîtrise vraiment les conséquences d’une exploitation industrielle à plus de 4000 mètres sous la surface. Les grands fonds abritent des écosystèmes encore largement inconnus. Les scientifiques redoutent les effets du bruit, des panaches de sédiments, de la perturbation des habitats et de la destruction de formes de vie parfois très lentes à se régénérer. À cette profondeur, une erreur industrielle ne se corrige pas en quelques années.
En Suisse, la pression politique monte autour d’un dossier sensible
La participation d’une entreprise suisse au projet donne une résonance particulière au débat. En Suisse, plusieurs voix demandent au Conseil fédéral de durcir sa position. Le conseiller national vert Raphaël Mahaim estime que Berne doit passer des déclarations aux actes, notamment si les projets en cours contournent les mécanismes internationaux de régulation, relate 20Minutes. Pour les opposants, l’enjeu dépasse le cas d’Allseas, il s’agit de savoir si la Suisse accepte de voir l’une de ses entreprises participer à une industrie jugée risquée avant même que des règles mondiales solides ne soient adoptées.
La Suisse fait partie des pays qui soutiennent une pause de précaution ou un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds. Cette position traduit une prudence assez nette. Avant de lancer des opérations industrielles, il faut mieux connaître les écosystèmes concernés, clarifier les responsabilités et mettre en place des garde-fous solides. Mais la question devient plus délicate lorsqu’une entreprise basée sur le territoire suisse participe à un projet soutenu par l’administration américaine.
C’est là que le dossier devient politiquement explosif. Les promoteurs de l’exploitation sous-marine affirment qu’elle pourrait éviter l’ouverture de nouvelles mines terrestres et répondre à la demande croissante en métaux stratégiques. Les opposants répondent qu’il serait dangereux de déplacer la pression écologique vers l’un des milieux les moins connus de la planète. Entre ces deux discours, le Conseil fédéral devra trouver une ligne claire, surtout si le calendrier américain continue d’avancer.
La ruée vers les métaux des grands fonds entre donc dans une phase très concrète. Ce qui ressemblait encore hier à un débat théorique sur les ressources du futur devient un dossier industriel, juridique et diplomatique. Avec Allseas dans l’équation, la Suisse ne peut plus rester simple spectatrice. Elle se retrouve au bord d’un nouveau front minier, loin des Alpes, mais au cœur d’un bras de fer mondial.








