L’initiative « Pour l’avenir », soumise au vote le 30 novembre prochain, propose une mesure radicale : taxer à 50% les successions dépassant 50 millions de francs. Ce texte a pour objectif de réduire les inégalités en Suisse, notamment en imposant des taxes élevées aux plus grandes fortunes.
Mais cette proposition soulève de nombreuses questions, notamment sur la répartition géographique des super-riches concernés. Environ 2 500 contribuables seraient touchés par cette initiative.
Concentration des super-riches dans l’Arc lémanique et la Suisse centrale
Les données disponibles montrent une forte concentration des ultra-riches dans quelques cantons suisses, selon la RTS. En effet, près d’un tiers des 2 500 personnes concernées par l’initiative réside dans l’Arc lémanique, une région comprenant les cantons de Genève et de Vaud. Genève, avec environ 400 résidents possédant une fortune supérieure à 50 millions de francs, et Vaud, avec près de 350, se positionnent comme des destinations privilégiées pour ces grandes fortunes.
Les raisons de cette concentration sont multiples. Tout d’abord, ces cantons offrent un cadre de vie très attractif : Genève, par exemple, est un centre financier international avec une qualité de vie élevée, une sécurité politique stable et des infrastructures de classe mondiale. Vaud, quant à lui, bénéficie de sa proximité avec Genève, tout en offrant un cadre plus tranquille et un climat fiscal favorable, notamment grâce à des réductions sur les droits de succession et d’importantes exonérations fiscales pour les grandes fortunes.
Si l’Arc lémanique domine le classement, la Suisse centrale ne reste pas en reste. Zoug et Schwyz figurent parmi les cantons avec une forte densité de super-riches, attirant particulièrement ceux qui recherchent un système fiscal favorable. Zoug, avec ses régimes fiscaux particulièrement avantageux, est un canton où la densité de multimillionnaires atteint près de 19 pour 10 000 habitants, un chiffre impressionnant qui place ce canton parmi les plus riches de Suisse.
Nidwald, un petit canton situé au bord du lac des Quatre-Cantons, surpasse tous les autres cantons en termes de densité de super-riches, avec 22 personnes détenant une fortune de plus de 50 millions de francs pour 10 000 habitants. Cette densité remarquable montre que même des cantons de petite taille peuvent être des refuges pour les grandes fortunes, grâce à un cadre fiscal particulièrement attractif et une gestion locale favorable à la préservation du patrimoine familial.
L’impact de l’initiative sur les super-riches et les conséquences locales
La proposition d’augmenter la fiscalité sur les successions des ultra-riches suscite des inquiétudes dans les cantons où ces personnes résident. À Zoug, un canton où les super-riches sont nombreux, la crainte d’une fuite des capitaux semble moins palpable. En effet, les autorités locales assurent que ces dernières années, les arrivées de grandes fortunes n’ont pas cessé, bien que certaines voix s’inquiètent des conséquences d’une telle initiative. Selon des responsables fiscaux, aucune fortune significative ne semble avoir quitté le canton, et les arrivées continuent, ce qui témoigne de la résilience du canton face aux défis fiscaux.
Le nombre de super-riches a fortement augmenté en Suisse ces deux dernières décennies. En 2021, on dénombrait plus de 2 500 personnes disposant d’une fortune supérieure à 50 millions de francs, contre moins de 1 000 en 2005. Cette forte croissance du nombre de multimillionnaires reflète une tendance à l’accumulation de patrimoine, alimentée par une économie suisse stable, un secteur financier prospère et des politiques fiscales relativement clémentes.
Cependant, l’initiative « Pour l’avenir » pourrait changer la donne. Si elle est acceptée, elle pourrait entraîner un changement dans la gestion des patrimoines, voire une modification des stratégies fiscales des grandes fortunes. Les cantons les plus touchés par la mesure, comme Genève et Vaud, devront trouver un équilibre pour maintenir leur attractivité tout en répondant aux attentes croissantes en matière de redistribution de la richesse.
Les sondages montrent une opposition majoritaire à l’initiative dans le pays. Selon le premier sondage SSR, plus de 60% de la population suisse rejette la proposition, avec des taux d’opposition particulièrement élevés en Suisse alémanique. En revanche, en Suisse romande et en Suisse italienne, l’initiative trouve un plus grand écho. Ce clivage pourrait avoir un impact sur les résultats du vote, avec une victoire potentielle pour les opposants, surtout si l’initiative ne parvient pas à convaincre au-delà des régions où les inégalités de richesse sont les plus visibles.








