La Suisse se prépare à une votation historique le 30 novembre prochain sur l’initiative relative à l’impôt sur les successions. Cette proposition, qui prévoit un impôt de 50 % sur les successions dépassant les 50 millions de francs suisses, fait l’objet de vives discussions parmi les plus grandes fortunes du pays.
Si le texte est adopté, il pourrait entraîner un exode massif des multimillionnaires, dont les départs commencent déjà à se concrétiser avant même la votation. Ces fuites pourraient avoir de lourdes conséquences économiques, en particulier pour les communes riches qui dépendent fortement de ces grandes fortunes.
Une menace pour les grandes fortunes : des départs déjà en cours
Le débat autour de l’impôt sur les successions n’est pas nouveau, mais il a pris une nouvelle ampleur ces derniers mois, à l’approche de la votation du 30 novembre. L’initiative propose d’imposer à hauteur de 50 % les successions dépassant 50 millions de francs suisses. Cette proposition, soutenue par les partis de gauche, vise à renforcer la fiscalité des plus riches et à redistribuer les richesses au sein de la société. Mais pour les multimillionnaires, l’initiative représente une menace directe à leur patrimoine. Plusieurs personnalités publiques, parmi les plus riches du pays, ont déjà exprimé leur intention de quitter la Suisse si la réforme est adoptée.
L’été 2024 a vu l’une des premières réactions médiatisées, lorsque Peter Spuhler, patron de Stadler Rail, a publiquement menacé de quitter la Suisse si l’initiative venait à passer. Il a qualifié l’impôt de «exorbitant» et a laissé entendre qu’il ne pourrait pas supporter une telle charge fiscale. Ce geste a provoqué un enchaînement de déclarations similaires de la part d’autres ultra-riches, certains allant jusqu’à déclarer que la vente de leurs entreprises familiales serait inévitable si la réforme se mettait en place. Wim Ouboter, l’inventeur de la trottinette, a même précisé que ses fils seraient contraints de vendre l’entreprise familiale si l’impôt sur les successions était adopté. Une telle perspective d’exode fiscal n’est pas simplement théorique : plusieurs communes ont déjà constaté les premiers départs.
L’impact local : des communes déjà touchées par les départs
Hergiswil (NW), une petite commune d’environ 6000 habitants, fait figure de premier exemple. Selon son maire, Daniel Rogenmoser, plusieurs multimillionnaires ont déjà quitté la région depuis septembre, notamment en raison de l’initiative sur les successions, rapporte Blick. Hergiswil, qui comptait 59 multimillionnaires en 2021, représente un cas emblématique des communes suisses qui pourraient être gravement affectées par la réforme. Ces 59 multimillionnaires représentent une proportion significative de la population locale, et leur départ risque d’affecter les finances de la commune. À titre de comparaison, l’ensemble du canton de Nidwald comptait seulement 100 personnes disposant d’un patrimoine supérieur à 50 millions de francs en 2021. La perte de ces résidents fortunés pourrait signifier une diminution substantielle des recettes fiscales, un défi pour des communes comme Hergiswil, dont le budget repose largement sur les contributions des ultra-riches.
Le maire de Hergiswil, Daniel Rogenmoser, exprime ses inquiétudes en affirmant que si la tendance des départs se poursuit, la commune pourrait se retrouver dans l’obligation de doubler les impôts locaux pour maintenir son niveau de recettes fiscales actuel. Il espère cependant que ces départs ne seront que temporaires et que ces personnes reviendront si l’initiative échoue. Il est évident que la commune de Hergiswil, comme d’autres régions suisses, se trouve à un carrefour : si la réforme est adoptée, elle pourrait voir ses bases fiscales fragilisées et se retrouver dans une situation économique délicate.
Des communes comme Saanen (BE), avec sa station huppée de Gstaad, partagent des préoccupations similaires. Bien que la situation à Saanen soit moins grave pour l’instant, avec aucun départ signalé, les autorités surveillent de près la situation. La commune prévient que si l’impôt sur les successions est accepté, des projets d’envergure pourraient être mis en péril et la structure même de la commune devrait être révisée. Les autorités de Saanen soulignent que si de nombreuses entreprises familiales quittaient la Suisse, cela représenterait une perte importante pour l’économie locale et nationale.
D’autres communes, comme Crans-Montana (VS) et Herrliberg (ZH), bien qu’elles n’aient pas encore observé de départs massifs, se retrouvent dans une situation de vigilance accrue. La plupart d’entre elles préfèrent cependant garder le silence sur ce phénomène, bien que des déménagements aient lieu régulièrement. Il est difficile de connaître précisément les raisons de ces départs, mais il est indéniable que l’incertitude entourant la réforme de l’impôt sur les successions pèse sur ces régions.








